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lundi, 3 décembre 2018

L'appel du 3 décembre

LinkedIn - le 3 décembre 2018

 "Au nom de l'intérêt supérieur de la Nation et de la paix civile, après en long entretien avec le Premier Ministre, nous, responsables des principaux partis politiques français et le Premier Ministre engageant le Gouvernement, nous nous associons sans réserve au lancement de cet appel aux " Gilets Jaunes " de suspendre leur mouvement en contrepartie de l'ouverture immédiate de négociations avec le Gouvernement".


Voilà le type de communiqué que j'aspire ardemment pouvoir lire avant la fin de cette journée. Je pense et j'espère que je ne suis le seul à espérer ce sursaut de ceux qui nous gouvernent ou qui aspirent à le faire.
Soyez à la hauteur de vos responsabilités à ce moment critique pour note pays et pour ses citoyens. Ayez un peu de panache, vous en sortirez grandis.  

jeudi, 18 octobre 2018

Les refinancements BCE: une formidable opportunité pour financer la transition énergétique et climatique

Article publié sur Linkedin le 17/10/2018

           Dès 2019  la transition énergétique et climatique peut bénéficier d'un refinancement allant jusqu'à 130 milliards               d'euros auprès de la BCE ! 

 

La BCE va en effet réinvestir 130 milliards d'euros en 2019 correspondant aux remboursements à échéance des obligations qu'elle a achetées dans le cadre des interventions non conventionnelles dites du  "quantitative easing"(QE). Pourquoi ne pas en réinvestir l'essentiel dans des projets contribuant à la transition énergétique ? Il y a là une formidable opportunité de faire avancer très significativement la transition énergétique et climatique, le traitement de la pollution et des déchets.

C'est une action qui pourrait être engagée avant l'été 2019  pour les pays de la zone euro. En effet, alors que la BCE arrêtera en décembre son programme de rachat d'obligations publiques et privée réalisé dans le cadre du QE elle a déclaré le 13 septembre dernier que le montant des obligations ainsi achetées et arrivant à échéance en 2019 sera réinvesti en titres public mais aussi en titres privés, sans autre précision; et cela comme l'avait fait la Fed  entre 2014 et octobre 2017 après avoir mis fin à son propre QE. 
C'est cent trente milliards en 2019 et autant sinon plus pendant plusieurs années, le stock des titres du Système Bancaire Européen -SEBC- à amortir s'élevant à 2 500 milliards d'euros, à moins que celui-ci ne décide un jour d'arrêter ce dispositif avant son terme. 

Ces cent trente milliards d'euros pourraient ainsi être le plafond théorique des refinancements verts retenu pour ce remploi des titres arrivant à échéance. Mais outre son aspect politiquement provoquant pour les adeptes du laisse-faire, ou de la neutralité quand on parle de la politique monétaire à la BCE, il n'est pas nécessaire d'envisager un plafond aussi élevé pour faciliter le financement des énormes besoins de financement verts existants.
En effet, l'union Européenne estime que pour les 28 pays de l'Union il y a un besoin de 177 Milliards d'euros par an d'investissements additionnels pour atteindre les objectifs 2030 énergie et climat. Le montant est donc moindre pour les 19 pays de la zone euro. 
Le plafond de 130 Mds de refinancement n'est ni nécessaire ni souhaitable, et ce pour deux raisons. La première est que les porteurs de titres verts voudront très certainement en conserver une part très significative tant par choix de portefeuille que pour respecter notamment leurs engagements de type ISR (investisement socialement responsable) correspondant de plus en plus à la demande des épargnants. La seconde est de ne pas perturber inutilement le marché obligataire classique, déjà bousculé actuellement. Pour ce faire il est souhaitable de lui laisser une fenêtre d'accès au refinancement BCE significative. 


Au vu de ces deux facteurs qui doivent être pris on considération on avancera, puisqu'il faut bien avancer un chiffre, celui de 85 Mds de refinancement vert pour 2019, soit environ 66 % des 130 Mds actuels (chiffre qui n'inclut pas le refinancement habituel de la Banque Européenne d'Investissement (BEI) auprès de la BCE et qui comprend déjà des concours verts).

Au prorata des parts des pays dans le capital de la BCE cela donnerait un plafond de refinancement de 12,1 milliards pour la France, de 10,5 pour l'Italie et de 15,3 milliards pour l'Allemagne.

 

Pour tenir compte du temps nécessaire pour une montée en puissance de ces financements  verts (notamment de petits crédits verts titrisés, indispensables pour financer de petits projets par ailleurs forts utiles), la BCE devrait étudier la possibilité de mobiliser des titres verts déjà émis assez récemment (un an par exemple ?). A elle de placer le curseur pour à la fois amorcer le processus et laisser une place suffisante aux nouveaux financements et ce compte tenu du calendrier de ses tombées. 

Reste à définir les critères d'éligibilité de ces titres verts sous forme d'obligations d'une part (obligations vertes, obligations climat, obligations durables ou sociales connues sous des appellations comme " green bonds " et " social bonds " notamment ) et sous forme de titres négociables représentatifs de crédits verts titrisés- " asset backed securities "- d'autre part. C'est une question suffisamment complexe et clivante pour qu'à elle seule elle fasse capoter un tel dispositif ! Le risque étant,  bien sûr, le green washing.  

 
Néanmoins, vus les standards arrêtés sur le plan international, vu les exigences  des marchés des " green et social bonds " - même si des progrès restent à faire-,  vu ceux des" asset backed securities "  et vu tout le  soubassement intellectuel et statistique déjà disponible à travers les nombreuses études et travaux on peut considérer qu'il y a déjà ou il peut y avoir quasi immédiatement un environnement de nature à éviter des détournements manifestes. On citera les travaux européens : Le 24 avril 2018, la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement Européen a publié un rapport sur la finance durable qui servira de base de discussion à la Commission européenne pour un projet de directive sur la finance verte. On citera également ceux du Conseil de la stabilité financière sur la publication d'informations financières relatives au climat (TCFD) et ceux portant sur les ratios prudentiels visant à alléger les besoins en fonds propres pour les catégories de financements reconnus comme verts ( " green supporting factor ").  
En plus de ces cadrages institutionnels et/ou de marché, il ne faut pas oublier le rôle des analystes financiers de marché, des organismes labellisant ces produits, celui des ONG et des associations engagées dans la lutte pour la transition énergétique et climatique pour réduire les risques de dérapages;  sans parler de l'effet très dissuasif du risque de détérioration d'image pour des émetteurs qui se révéleraient peu scrupuleux.  
  
         
Dans un terme un peu plus éloigné, il serait  hautement souhaitable que pour les financements assurés par la voie du crédit (source souvent unique d'accès au financement pour les PME, les petites et moyennes collectivités locales, les associations et bien sûr les particuliers) un volet de réescompte soit ouvert. Ce serait utiliser la technique du  réescompte qui pendant très longtemps (et même jusqu'à la fin des années 90 en Allemagne) fut le support du refinancement structurel des banques auprès de leurs banques centrales. Réescompte de portefeuilles de crédits verts qui éviterait le détour coûteux de la titrisation et une marchéîsation inutile.  


Un dernier point, mais essentiel. L'annonce d'une telle politique par les autorités monétaires devrait être assortie de l'engagement d'en faire une politique durable et structurelle du refinancement des banques et des marchés pour dix ans; prorogeable si souhaitable.  

Il est d'autant plus important d'amorcer rapidement un tel dispositif que les risques d'une crise financière sévère se font de plus en plus présents et que si celle-ci éclate les financements de projet innovants et/ou à horizon de moyen - long terme seront repoussés à des jours meilleurs, comme cela a toujours le cas dans de telles situations. A l'évidence les financements de la transition énergétique et climatique  en feraient partie.


Ainsi, hormis le ciblage des refinancements par le BCE au lieu d'un refinancement à l'aveugle, le dispositif préconisé s'inscrit complètement dans la politique actuellement menée par les autorités monétaires. En outre, elle ne fait que décliner une des missions de la BCE  - article 2 des statuts du SEBC " Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté, tels que définis à l’article 2 du traité  (devenu l'article 3 de

l'Union) :
(... ) " L'Union établit un marché intérieur. Elle œuvre pour le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement".
 

 

 

mercredi, 10 octobre 2018

Surendettement généralisé et risque sur le financement de la transition énergétique

Le Cercle-Les Echos du 10 / 10 / 2018 

Résumé - Le surendettement généralisé actuel est d'autant plus grave qu'il est négocié en temps réel de façon mondialisée. Sa crise provoquera notamment l'éviction du financement de la transition énergétique pendant plusieurs années

.
Après la BRI, le FMI tire la sonnette d'alarme à son tour. Et, comme l'a écrit  récemment  Nouriel Roubini, tous les ingrédients sont réunis pour qu'il y ait une crise financière. Sans être aussi précis que lui (en 2020) il est plus que probable que celle-ci éclate dans les 2 à 3 ans qui viennent. Elle sera plus grave que celle de  2007/2008 par la disparition des marges de manoeuvre pour la plupart des états et, sous poussée américaine, par les conséquences de la fin des taux d'intérêt très bas qui dévalorisera des milliers de  milliards de dollars de dettes négociables.
En effet à ce surendettement généralisé- auquel on pourrait ajouter entre autres les massifs rachats d'actions pour profiter des taux voisins de zéro, voire négatifs-  il ne faut pas oublier que ces dettes privées et publiques sont de plus en plus sous forme de produits négociables sur les marchés, c'est-à-dire  négociables en temps réel, de façon mondialisée, susceptibles d'énormes baisses instantanées de cours. Baisses qui influencent même indirectement l'appréciation implicite des crédits restés dans les portefeuilles bancaires. Les techniques de couverture deviennent alors inopérantes, la défiance se généralise et la liquidité  s'évanouit sur les marchés comme entre les banques. Et les fonds propres des banques - surtout  des plus grandes très mondialisées- pourtant bien renforcés depuis la crise de 2007/2008 peuvent ne pas suffire pour rassurer leurs contreparties et les faire échapper à la tourmente. Tous les pays, mais les pays émergents plus que tout autre, en feront les frais. Comme si cela ne suffisait pas il ne faut pas oublier que pendant ces périodes de crises financières l''urgence absolue de l'heure a toujours fait repousser à demain ou après-demain la quasi totalité  des projets d'investissement dès lors qu'ils sortent de l'ordinaire et/ou qu'ils sont lourds et longs avant d'être rentables.  Parmi les grandes victimes il y aura le financement de la transition énergétique, celui du traitement de la pollution et des déchets, de l'accès à l'eau notamment. Sans être la panacée universelle, la fin programmée des politiques accommodantes des banques centrales doit impérativement prendre en considération ces besoins de la transition énergétique et écologique. Voir à ce titre une proposition concernant les refinancements :
https://www.linkedin.com/pulse/pour-vraiment-verdir-le-financement-de-l%C3%A9conomie-michel-castel/

mardi, 28 août 2018

Pour vraiment verdir le financement de l'économie


Pour vraiment verdir le financement de l'économie la sphère financière toute entière doit se mobiliser. Elle le fera d'autant mieux que les banques centrales et les superviseurs l'accompagneront fortement et habilement par un environnement prudentiel adéquat mais surtout par la mise en place d'une politique durable de refinancement préférentiel.  

To really green the financing of the economy, the entire financial sphere must mobilize. It will do so much better than central banks and supervisors will strongly and skilfully accompany it through an adequate prudential environment but also by the implementation of a sustainable policy of preferential refinancing.

article publié sur Linkedin le 28/08/2018

      Pour réduire de façon drastique les émissions de carbone (engagement de l'U.E. de les  réduire de 40 %  avant 2030 notamment) il est indispensable de très fortement verdir le financement de l'économie. Les financements publics sont et resteront très insuffisants, les financements privés par les banques et les marchés doivent être massivement mobilisés. Surtout  qu'il y a le même impératif pour lutter contre la pollution, pour renforcer  les économies d'énergie et arrêter l'effondrement de la biodiversité. 

Il est heureux que neuf banques centrales[1] et superviseurs bancaires se soient mobilisés en décembre 2017 en vue de publier un rapport en avril 2019. Le défi, selon le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau,  est pour ces autorités " notre  nouvelle frontière à l'instar  du financement de la croissance et des grandes infrastructures au XIXème siècle ou de la gestion des grandes crises financières au cours de cent dernières années"[2].   
Ces Banques centrales et superviseurs travaillent essentiellement pour déterminer le bon environnement prudentiel pour intégrer le développement de la finance verte même si leur objectif  vise aussi à renforcer la mobilisation des capitaux en faveur de ce développement. Le prudentiel prédomine dans ces travaux et dans la gamme des éléments de préconisations déjà en partie dévoilés; le volet superviseurs a  et de loin pris le pas sur la partie  banques centrales et les politiques et taux et de refinancement, bases des politiques monétaires.  
A très grands traits, pour le prudentiel il s'agit de bien mesurer les risques climatiques après en avoir harmonisé les composantes et de mettre en place des stress tests appropriés auprès des banques et des assurances  comme ces autorités savent le faire pour les risques classiques après en avoir ajusté les dispositifs plusieurs fois depuis Bâle 1 et les directives européennes.  Mais l'usage des ratios prudentiels est de manipulation difficile - en quoi par exemple un financement vert serait-il systématiquement moins risqué qu'un financement classique et  justifierait une moindre exigence de fonds propres ?  Moindre exigence susceptible de mettre en question la robustesse individuelle et globale du système financier  aux crises et autres risques (de solvabilité, de taux, de change...) qui existerons toujours. Une alternative ?  Avoir une politique de malus pour les crédits à forte intensité carbone ou facteurs de pollution ? Elle n'est pas davantage facile à déterminer. Même avec des taux unitairement élevés sa production globale sera  faible car  elle ne portera  que sur les nouveaux crédits fortement carbonés (de peu de poids par rapport aux encours) et  elle sera très fluctuante car fonction des cours très volatiles de l'énergie et des matières premières. De plus elle ne dissuadera pas d'investir dans des activités carbonées ou négatives pour l'environnement quand les cours flambent. Par ailleurs, le développement de stress tests climatiques pertinents - intégrant tous les effets de chaîne à moyen long  terme possibles - mentionné par le groupe  est tout sauf évident. On l'a vu pour les stress tests visant les risques classiques connus pourtant de longue date. 
Cependant malgré toutes ces difficultés des mesures prudentielles doivent être approfondies et mises en place. Pour autant elles ne règleront pas l'enjeu de mobiliser une forte capacité d'offre financière pour les investissements verts et pour ceux touchant plus globalement  à l'impact des hommes sur la planète.
 Jusqu'à présent, sur cette question essentielle, le groupe de banques centrales et de superviseurs précité montre ses limites. Il indique réfléchir à un développement des obligations vertes et de leur titrisation;  et là on sait par avance qu'il y aura des avancées; c'est dans l'air du temps ! Le groupe déclare également  " qu'il faut plus de prêts verts  et plus de financements verts en général accessibles aux particuliers, aux PME et aux start-ups". Là par contre rien n'est vraiment préconisé voire même simplement esquissé.
Au-delà de là cette pétition de principe de plus de financement pour les particuliers et les PME et hormis un traitement prudentiel approprié - cf. ci-dessus - il n'y a, semble t-il, aucune réflexion sur le volet taux et refinancement par les banques centrales dans le cadre de leur politique monétaire seul moyen substantiel pour "booster" l'offre de financements verts dans son volet bancaire et financier.  
Actuellement et sans doute pour quelques années encore, plus qu'une politique de taux spécifique, la véritable  incitation forte à octroyer des crédits verts et à souscrire des obligations vertes serait de permettre leur refinancement préférentiel par les banques centrales à l'instar de la mise en place progressive  à partir de 2010 du rachats de  titres publics et de grandes entreprises qui a permis de faire face à la très grave crise de confiance entre acteurs financiers minant les facultés de refinancement interbancaires. Maintenant que cette mesure non conventionnelle est arrêtée (USA) ou en cours de réduction avant son arrêt (BCE) il y a là la possibilité de remplacer progressivement  un refinancement à l'aveugle (qui fut néanmoins utile) par un refinancement ciblé visant à relever un des plus grand défit actuel de la planète. En charge de la surveillance directe des plus grandes banques européennes,  la BCE  peut se donner les moyens de vérifier ( a priori, par sondage ou a posteriori) que le papier présenté à ses guichets correspond  bien à un financement concourant à la sauvegarde de la planète. Elle relèverait ainsi à la fois un défi quantitatif de financements à offrir et un défi qualitatif que  ces même financements soient réellement sources de progrès et non des opérations de "greenwashing".
Sur le plan financier "la nouvelle frontière" ne sera effective que si la sphère financière toute entière se mobilise. Elle le fera d'autant mieux que les banques centrales et les superviseurs l'accompagneront fortement et habilement par un environnement prudentiel adéquat mais surtout par la mise en place d'une politique durable de refinancement préférentiel.  
                                                            *
Plus de détails et de précisions dans
http://www.michelcastel.com/index.php?post/2012/04/26/La-quote-part-souhaitable-de-la-BCE-dans-le-pacte-de-croissance  

[1] Banque d'Angleterre, Bundesbank, Banque des Pays-Bas, de Suède, de Chine, de Singapour, du Mexique , Banque de France et Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) .  Hasard  (??) , la Fed n'y participe pas !!
[2] Conférence internationale des superviseurs sur le risque climatique - Amsterdam, 6 avril 2018 

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Cet article a été également publié en commentaire dans "Chroniques de l'anthropocène"  le blog d'Alain Grandjean  à propos de la " Lettre ouverte au Gouvernement : libérons l"investissement vert"
 https://alaingrandjean.fr/2018/09/03/lettre-ouverte-gouvernement-liberons-linvestissement-vert/#comment-269438


jeudi, 9 mars 2017

Monsieur Macron et le moins disant réglementaire en matière bancaire

Le Cercle-les Echos du 9/03/2017

M. Macron souhaite que les grands ratios de solvabilité de liquidité et de fonds propres des banques et des assurances puissent être discutés au niveau européen à l'Ecofin

 

M. Macron, ex ministre de l'Economie et candidat à la présidence de la République  a déclaré devant la Condéfération des PME le 6 mars dernier:

«Ce que je souhaite c'est que les grands ratios de solvabilité de liquidité et de fonds propres des banques et des assurances puissent être discutés au niveau européen à l'Ecofin chaque année et qu'on en fixe, avec des objectifs de financement économique, les grandes règles». Selon lui, les régulations adoptées après la crise (Bâle 2 et 3, ainsi que Solvency 2), ont incité les acteurs financiers à désinvestir. Ces régulations ne sont «pas adaptées à la France»..

«Nous nous sommes fait avoir», a-t-il ajouté en précisant qu'elles «touchent beaucoup les économies comme les nôtres qui n'étaient pour rien dans l'origine de la crise.» «Les instances prudentielles veulent de la prudence, donc elles n'ont qu'un objectif de réduction du risque et donc elles ont désincité les banques et les assurances à financer l'économie»,

Que penser de ce diagnostic et de cette proposition ?

D'abord il est un peu surprenant d'entendre un Ministre averti dire que "nous nous sommes fait avoir". Il est su depuis longtemps que la France, mais aussi toute l'Europe continentale, dépend plus des banques que les USA et la Grande-Bretagne pour leur financement et que depuis 4 à 5 ans toutes les instances politiques nationales et européennes veulent dès lors faire plus de place aux marchés de capitaux. Ensuite on rappellera que la croissance des crédits a été proche de 5 % en 2016 en France pour une croissance nominale de 3% environ,  que la Fédération Bancaire Française s'en félicite ( " Le crédit bat des records en 2016 : Les banques françaises financent l'économie" , communiqué du 22 février 2017 ) et que les résultats des banques ont été plus que confortables. 

Livrer, chaque année, la fixation des règles prudentielles aux Ministres des Finances conduit à politiser le débat et à provoquer des désaccords supplémentaires entre les pays de la zone euro  ...qui n'en ont pas besoin ! Avec en plus des résultats dépendant bien plus de marchandages que des besoins réels des différents pays.

Faire fluctuer fortement chaque année les conditions de distribution du crédit en fonction de la conjoncture en jouant sur les normes prudentielles alors que la politique monétaire est en charge de cette régulation - avec les taux d'intérêt, les conditions de refinancement, voire les réserves obligatoires - c'est demander à des données structurelles de se substituer aux instruments de politique monétaire bien mieux appropriés.


Le contrôle prudentiel est un soubassement structurel stable - un peu comme les règles fiscales- qui ne doit pas être modifié en fonction des conjonctures économiques car s'il faut peu de temps pour en réduire  les exigences il en faut beaucoup pour les relever. Cette inertie vient du fait que les ratios prudentiels portent essentiellement sur les fonds propres qui sont d’une manipulation difficile et qui jouent sur la géographie du capital et sur les capitalisations boursières.
De plus l'histoire financière de ces 15 dernières années a montré et montre que les banques sont bien souvent obligées de respecter des ratios de fonds propres supérieurs à ceux édictés par les autorités prudentielles pour maintenir la qualité de leur signature. Un assouplissement conjoncturel décidé par l'ECOFIN  mais qui ne serait pas ratifié par les marchés serait du plus mauvais effet. 
Cette proposition reprend enfin celle des Républicains les plus anti-régulation aux Etat-Unis, avec le Président Trump comme porte-parole. Or ce n'est pas une bonne chose pour la robustesse de l"économie financière mondiale qui est loin d'être assurée; l'OCDE vient d'ailleurs de noter que les risques financiers s'accentuent. Un haut niveau de normes prudentielles, stables de surcroît,  est en outre un gage de sérieux qui peut être de nature à rassurer des investisseurs et les opérateurs sur l'interbancaire dans la zone euro...  Une carte que l'Europe ne doit pas perdre.

Avec un peu de mauvais esprit, mais dans le même ordre d'idée, à quand une proposition de tel ou tel pour substituer à l'objectif  de la BCE de "un peu moins de 2% d'inflation" par une discussion annuelle au niveau européen dudit objectif !


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