Entretien du 03/08/2012 avec Angélique Schaller, journaliste à "La Marseillaise"

Annoncé à grand renfort de tambour comme la réunion qui allait relancer la Banque Centrale Européenne dans la lutte contre la crise, le Conseil des Gouverneurs n'a hier rien donné. Aucune annonce concrète, mais le même discours sur l'austérité martelé.


 

Ancien directeur à la Banque de France Michel Castel livre son sentiment sur le rôle et le fonctionnement de la Banque Centrale Européenne.


En 2009, Michel Castel, ancien directeur à la Banque de France, enseignant en sciences économiques, expliquait dans un article qu’il fallait affranchir les Etats de dettes publiques presque intégralement négociées sur les marchés tant que c’était possible. L’ingérable est aujourd’hui arrivé. Mais l’économiste plaide désormais pour un autre rôle de la BCE, afin qu’elle participe à la relance.

Que la BCE puisse acheter de la dette peut-il changer les choses ?
Elle l’a déjà fait l’an dernier à hauteur de 200 ou 300 milliards pour les dettes grecques, espagnoles ou portugaises. Elle peut donc le refaire. Mais nous sommes arrivés à un niveau où cela ne change pas les choses. Et tant que l’Allemagne campera sur ses positions, il n’y aura pas de modification institutionnelle. Il faut donc chercher ailleurs. La piste est d’utiliser la BCE pour redonner du souffle aux banques.

Mais cela s’est déjà produit et sans effet ?
Parce que nous avons prêté à l’aveugle, les banques n’en ont rien fait car elles n’avaient aucune orientation. l’orientation que l’on doit leur donner est de financer la transition écologique. C’est une nécessité puisque nous avons des critères à respecter comme la baisse de 20% de la consommation énergétique de l'Europe en 2020. Des projets sont là, prêts à démarrer. Mais ils représentent des investissements équivalents à 2 ou 3 % du PIB européen et ce pendant une décennie. Les Etats ne peuvent plus les soutenir. Il faut donc mobiliser les banques pour le faire. Mais ces banques ne prêtent pas aux entreprises, les rares prêts que l’on a aujourd’hui sont ceux garantis par la puissance publique via Oséo et qui ne vont pas très loin. De plus, comment les banques vont-elles pouvoir rembourser à l’horizon de 3 ans les 1.000 milliards empruntés à la BCE en décembre et février sans peser sur l’offre de crédits longs au fur et à mesure que les échéances se rapprochent ?

Mais comment les impliquer ?
En reprenant le système qui avait fonctionné dans les années 60/70 sur le sujet des exportations. Il fallait relancer ce secteur très en retard. Les banques pouvaient se refinancer sans limitation auprès de la Banque de France, et à des taux bonifiés dès lors qu’elles finançaient des projets d’export. Cela nous a permis d’arriver à la 3e ou 4e place des pays exportateurs. Il faut faire la même chose avec des projets lié à la transition écologique et de dimension européenne  : économie d’énergie, infrastructures, transports propres etc. et avec la BCE. Dès lors, les banques n’auraient plus de problème de liquidité ou de recapitalisation et n’auraient plus aucun prétexte pour refuser les financements des entreprises qui font aujourd’hui cruellement défaut. Cela aurait un impact sur les entreprises mais aussi les sous-traitants.

Faire tourner la planche à billet n’a-t-il pas un risque inflationniste ?
Non car ce serait une création monétaire qui serait vertueuse,  n’ayant rien à voir avec les refinancements à l’aveugle pratiqués par les banques centrales depuis que les politiques de type monétaristes l’ont emporté au début des années 80 et qui permettent le refinancement de toutes les spéculations et dérives. Les seules critiques que l’on fait à cette proposition est qu’elle ne serait pas... moderne ! Qu’on ne va pas reprendre une formule datant des années 70. C’est un peu court.

Entretien réalisé par A.S.