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dimanche, 22 septembre 2019

En finir une fois pour toutes avec la planche à billets

Point de vue dans les Echos du 20/09/2019  et dans le Cercle-Les Echos de Philippe Simonnot  (ancien professeur d'économie du droit à l'Université de Pars X et auteur de " Nouvelles leçons d'économie contemporaine" aux Editions Gallimard)

" La révision à la baisse des objectifs d'inflation des banques centrales, préconisée dans ces colonnes par Jacques de Larosière, est insuffisante. C'est à la disparition même de ces objectifs qu'il faut s'atteler " explique Philippe Simonnot


mon commentaire :

Il ne faut pas oublier que le chiffre de 2 % a été avancé les premières fois à un moment où il s'agissait toujours de combattre une inflation significative et permanente. Un combat qui paraissait loin de pouvoir être gagné. Aussi un 2% paraissait-il être un objectif très ambitieux mais néanmoins raisonnable pour à la fois éviter une déflation toujours très difficile à combattre (et très dangereuse économiquement et socialement) et pour maintenir une certaine fluidité dans les comportements économiques tout en pouvant jouer, au moins un temps, sur l'illusion monétaire donnant un peu de marges de manoeuvre aux politiques de taux. 


On n'est absolument plus dans cet environnement et les 2 % ne doivent pas être le point d'ancrage de la politique monétaire comme il l'est encore trop actuellement à la BCE. Surtout si celle-ci ne s'en sert pas du tout pour impulser un soutien - par le refinancement-  aux investissements verts qui pourraient être certes source d'une petite inflation, mais d'une inflation vertueuse car participant au sauvetage de la planète.

vendredi, 6 septembre 2019

Madame Lagarde dit vouloir mettre la BCE au vert

Publié sur Linkedin le 6 septembre 2019


« Le changement climatique doit être intégré au sein des objectifs de la BCE »  délaré Madame Lagarde devant le Parlement Européen le 4 septembre 2019.


Ce que Mario Draghi, malgré sa politique monétaire disruptive, n'aura pas su - ou voulu - faire, à savoir engager résolument la BCE à aider au développement des financements verts, son successeur, Madame Christine Lagarde, a dit vouloir le faire lors de son audition devant le Parlement Européen ce mercredi 4 septembre.
« Le changement climatique doit être intégré au sein des objectifs de la BCE », a-t-elle déclaré, précisant qu'à ce stade qu'il ne peut s'agir que d'une position personnelle. « La stabilité des prix reste l'ancrage absolu de la BCE, son objectif premier. L'environnement peut faire partie des objectifs secondaires », a-t-elle déclaré, en référence à l'article 127 des traités sur les prérogatives de la BCE (référence toujours écartée jusqu'à présent par les responsables de la BCE, Benoît Coeuré excepté il y a quelques mois).
 Elle précise qu'Il faut déterminer ce qui est green et ce qui ne l'est pas. Si la taxonomie (la définition) des actifs verts est adoptée, elle se superposera au principe de "neutralité de marché" (c'est-à-dire de non orientation, de non intervention dans les choix de financements opérés par les différents acteurs économiques).  
Elle a également évoqué la prise en compte des actifs verts dans la pondération des risques utilisée dans la détermination des ratios de capitaux des banques comme le proposent la Commission sortante et les banques françaises notamment avec le concept de « green supporting factor ».
 Pour revenir, et se limiter à la politique de refinancement, tout est prêt conceptuellement pour que le pourtour de ce qui relève de la notion de financements verts soit arrêté. Il reste la volonté politique et institutionnelle de bien vouloir commencer à lui donner corps, ce que le marché des green bonds a déjà largement fait sur des bases privées, même s'il reste quelques ambiguïtés sur certaines opérations un peu anciennes ou un encore un peu floues.
C'est le moment donc d'enfin réemployer les tombées des obligations acquises avant janvier 2019 dans le cadre des politique de quantitative easing (QE) dans des obligations et autres titres de créances négociables vertes, ce qui n'a pas été fait, la BCE continuant de refinancer Etats, banques et grandes entreprises à l'aveugle, y compris pour des concours carbonés.
Il n'es pas concevable qu'une possible réactivation de cette politique de QE continue cette fausse neutralité régulièrement mise en avant pour ne pas faire ce ciblage. Pas plus que ce n'est concevable de lancer, peut-être très prochainement, de nouveaux prêts bancaires à long terme (TLTRO); annonce de la BCE du 4 avril 2019 qu'elle lancerait ces nouveaux prêts en septembre prochain.
Certes, la montée en puissance de ces refinancements verts ne pourra être que progressive. Mais s'ils pouvaient être ouverts à de portefeuilles de crédits bancaires verts non titrisés, mis en place par exemple depuis janvier de cette année, le champ en serait considérablement élargi à des financements de petits montants du secteur privé tout aussi importants et efficaces que les grosses opérations d'investissement (via la BEI notamment) pour diffuser aussi vite que possible les économies d'énergie, le financement des énergies renouvelables, le traitement de la pollution, des déchets, la conversion des agriculteurs à une agriculture biologique...
Pour booster l'offre de ces crédits, la BCE devrait non seulement ne pas augmenter à due concurrence - à l'euro, l'euro- les réserves à taux négatifs demandés aux banques sur les dépôts ( ce qui est évoqué comme une prochaine mesure possible)- mais, au contraire, les supprimer complètement. Ces crédits verts trouveraient ainsi un attrait pour les banques qui seraient alors bien davantage disposées à en faire offre auprès de leurs clientèles.  


  PS : des éléments beaucoup plus précis sur toute cette problématique peut être retrouvés sur ce site dans mon article " Refinancements BCE: une formidable opportunité pour financer le transition énergétique et climatique " du 17 octobre 2018

https://www.linkedin.com/pulse/les-refinancements-bce-une-formidable-opportunit%C3%A9-pour-michel-castel/

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Article également publié le 24 septembre  sur Le Cercle-Les Echos sous le titre 

" Comment mettre la BCE au vert  "

LE CERCLE - Christine Lagarde veut intégrer le changement climatique au sein des objectifs de la Banque centrale européenne. Dans un texte, Michel Castel imagine comment l'institution monétaire pourrait booster l'offre de crédits verts.


Vous pouvez le consulter sur https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle

 

jeudi, 7 mars 2019

BCE : une incroyable occasion ratée !

ECB : an incredible  opportunity missed !
   

La Banque centrale européenne a annoncé ce jour qu'elle lancera en septembre prochain de nouveaux prêts bancaires à long terme (TLTRO) et que ses  taux resteront inchangés jusqu'à la fin de 2019.
Dont acte !
Mais aucun ciblage en faveur de financements  privés de la transition énergétique et du développement durable alors qu'il y a de plus en plus péril en la matière puisque les Etats sont dans l'incapacité de financer seuls ces besoins énormes et que l'horizon ultime pour essayer de contenir les catastrophes à venir se rapproche de plus en plus dangereusement.    

Il est en effet incroyable que la BCE reconduise à l'identique sa politique de refinancement à moyen terme exceptionnel des banques comme elle l'avait mis en oeuvre en septembre 2014 puis en juin 2016. Politique qui, avec le "quantitative easing" (Q.E ) a certes contribué à éviter un assèchement du crédit dans la zone euro mais a aussi poussé à un endettement massif des grands groupes (les incitant à arbitrer crédits contre fonds propres, à réaliser de méga prises de contrôle) et poussé également à la spéculation sur l'immobilier et les actifs financiers, sans infléchir un tant soit peu les financements carbonés.

Alors que la BCE aurait déjà pu remployer dès 2019, comme elle s'y est engagée, tout ou partie des amortissement de titres acquis dans le cadre du QE  en obligations publiques et privées et en crédits titrisés représentatifs de financements verts, elle n'a rien changé, refinançant toujours à l'aveugle les Etats et les groupes internationaux ayant une présence juridique dans un pays de la zone euro.

Il y avait une dernière chance à saisir pour aller dans ce sens : c'était cette troisième salve de TLTRO annoncée aujourd'hui.

Au lieu de quoi, rien de changé !
Dans les deux premières salves, les montants que les banques pouvaient emprunter à la BCE et leur taux dépendaient de leurs encours de crédits accordés aux entreprises non financières et aux ménages (hors prêts immobiliers). Encours de crédits indifférenciés, sans aucun fléchage en faveur de domaines considérés comme prioritaires comme les financements verts (éventuellement arrêtés par les instances européennes qui disposent d'études et de projets suffisamment mûrs pour pouvoir les circonscrire).

Dans le cadre de cette nouvelle salve de TLTRO les banques pourront emprunter jusqu'à 30% de l'encours des prêts éligibles au 28 février 2019, à un taux indexé sur le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement pendant la durée de chaque opération, sans autre précision.
Si, le communiqué de la BCE se termine en disant: " De plus amples informations sur les conditions précises des TLTRO-III seront communiquées prochainement. »  On peut toujours espérer...mais ne soyons pas naïfs rien n'ira dans ce sens.
Une claire orientation de ce dispositif vers des refinancements favorisant les financements verts n' aurait pas été une mesure de second ordre susceptible d'être simplement finalisées dans des " conditions précises communiquées prochainement ". Si cela avait été le nouvel objectif, totalement innovant, le Président Draghi en aurait fait l'annonce comme il sait le faire. Au hasard  (!) :  le 26 juillet 2012, il  annonçait que la BCE ferait « tout ce qui était nécessaire » pour sauver la zone euro. Rien de tel, à ce jour, pour contribuer à sauver la planète.

Il n'est pas trop tard M. Draghi !!

vendredi, 22 avril 2016

La BCE achètera des dettes privées en juin

Les Echos du 22 avril 2016


mon commentaire :

La BCE qui va racheter massivement les obligations émises par les plus grandes sociétés de la zone euro ( telles EDF, Volkswagen, BMW, ENI, Deutsche Telecom, Engie... ! On croit rêver.
Ainsi la BCE va "aider" ces sociétés qui obtiennent actuellement des financements à des conditions de taux inimaginables et qui n'ont aucun problème pour placer leur papier auprès de tous les investisseurs de la planète en mal de placements ! 
Pendant ce temps, rien de ciblé pour aider au financement des énergies nouvelles, des programmes de réduction de la consommation énergétique et de lutte contre la pollution. 
Pourquoi ne pas annoncer une montée en puissance aussi rapide que possible de rachats de titres de dettes - publiques et privées - engagées dans ces domaines au cours des 3 ou 4 dernières années (pour avoir un gisement significatif dès l'annonce) et s'engager à en maintenir le dispositif pendant les 5 ans à venir par exemple ? Pourquoi ne pas prendre de surcroît un engagement à 5 ans de refinancer dans des conditions privilégiées les crédits finançant ces investissements si essentiels pour l'avenir de l'humanité?
Cette nouvelle donne donnerait du sens aux actions non conventionnelles menées et serait de nature à rassurer quelque peu les marchés. De plus elle  conforterait les banques et autres financeurs dans leur accompagnement des investissements indispensables pour la transition énergétique, le traitement des déchets et la réduction des pollutions et les inciterait fortement à participer ainsi à la réalisation des engagements de la COP 21... signés aujourd'hui !

Il serait aussi plus que souhaitable que G 20, le FMI et tous les conseils de stabilité financière existants y réfléchissent et recommandent une telle réorientation des programmes de QE existants.

Nota 1: Après la rédaction de ce commentaire je découvre avec plaisir l'article de Jean-François Boulier (Président du directoire d'Aviva Investors France) dans ce même numéro des Echos et intitulé " Et si la BCE se mettait au vert ? qui va tout à fait dans le même sens.
Il écrit notamment " La BCE aurait tout intérêt à entamer une réflexion spécifique à l'investissement carbone".

Nota 2 mais aussi La Tribune du 02/06.2016 : " Et si le QE de la BCE servait à financer la transition écologique ? " par Romaric Godin

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/et-si-le-qe-de-la-bce-servait-a-financer-la-transition-ecologique-575991.html#xtor=EPR-2-[morning-briefing]-20160602

La Fondation Nicolas Hulot propose d'utiliser la création monétaire de la BCE pour financer 300 milliards d'euros par an de dépenses liées à la transition écologique et à la lutte contre l'exclusion sociale. L'idée répond à plusieurs enjeux macroéconomique de la zone euro, mais sera-t-elle entendue ?


mon commentaire:

Proposition plus qu'intéressante, mais il n'y a pas de raison de ne pas y associer les banques voire les assureurs comme je le préconise depuis deux ans. Investissements publics et privés doivent s'additionner pour relever au plus vite les défis énergétiques et environnementaux et contribuer à une reprise économique saine en Europe. Voir mon blog http://www.michelcastel.com/
 

  Nota 3      Reprise partielle de mon commentaire sur LinkedIn à l'occasion de l'éditorial des Echos de Guillaume Maujean du 8 juin " La BCE, l'inondaton et la décrue "

et complétant le risque d'asséchement de la liquidité sur les marchés des emprunts ainsi rachetés par la BCE mentionné par l'éditorialiste. 

 voir http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0211006008812-la-bce-linondation-et-la-decrue-2004646.php

La BCE va acheter des emprunts de très grandes entreprises européennes sur le marché secondaire mais aussi dès leur émission. Au risque de fortement réduire la liquidité de ces titres rappelle a juste titre Guillaume Maujean. Sociétés qui obtiennent déjà des financements à des conditions de taux inimaginables. Et pendant ce temps, rien pour aider les banques à financer précisément les projets publiques et privés visant les énergies nouvelles, la réduction de la consommation énergétique et de la pollution. Drôle de façon de soutenir les conclusions de la COP 21 !  


vendredi, 20 février 2015

Pour un plan Juncker soucieux de la transition énergétique

Le Cercle-Les Echos -  le 19/02/2015  par Damien Demailly / Chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri)


Le plan Juncker doit miser sur des projets énergétiques d'avenir afin de répondre aux besoins de demain.


commentaire :


Il est plus que surprenant que la BCE soit laissée de côté pour refinancer partiellement les investissements qui découleront du plan Juncker - surtout dans leur composante " transition énergétique et/ou développement durable" alors qu'elle va racheter à l'aveugle plus de 1100 milliards d'euros de dettes sur les marchés, essentiellement de dettes publiques dans les semestres qui viennent et sans doute pour plus longtemps encore. Une déclaration de principe en ce sens par les autorités européennes et la BCE serait bienvenue.

Un peu de sélectivité dans son action ne pourrait être que profitable à l'intérêt général ; mais c'est encore une idée taboue. Les excès des années cinquante et soixante en la matière ne justifient pas de jeter le bébé avec l'eau du bain.   

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