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Tag - Dettes publiques

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mercredi, 16 novembre 2011

Du bon usage du refinancement de la BCE

Le Cercle- Les Echos du 15/11/2011

Résumé :

Redonner aux Etats de la zone euro un banquier qui les accompagne dans le quotidien de façon limitée mais sûre et permettre un refinancement privilégié pour les Etats et les banques qui financent les investissements de la transition écologique n’est que redéfinir un fonctionnement rationnel d’une partie de la création monétaire au profit de quelques-uns des grands enjeux des décennies à venir.

L’idée selon laquelle la BCE devrait assurer un refinancement illimité des dettes publiques de la zone euro se répand. Elle peut finir par s’imposer faute actuellement d'un autre moyen crédible d’éviter des défaillances en chaîne de pays membres, mais elle n’est pas souhaitable pour autant. On comprend sur ce point  les très fortes réticences allemandes et on ne croit  pas que les marchés s’en satisferont après coup. En effet, après avoir épuisé la signature des Etats pour les sauver, ils n’hésiteront pas à faire payer le fait qu’il n’y a cette fois plus aucun autre prêteur en dernier ressort dans la zone euro et que celle-ci, mais aussi toute l’UE, est  en sursis.

Tout aussi grave est le fait que la BCE essaiera nécessairement de réduire drastiquement et rapidement cette situation de surexposition aux risques souverains pour  essayer de restaurer sa crédibilité et éviter de se voir paralysée dans la conduite de la politique monétaire pour les années à venir en raison de conflits d’objectifs.  Enfin, et cela n’est pas moins grave à terme, cela empêche de construire dès maintenant  le bon dispositif qui devrait durablement prévaloir pour le refinancement de l’économie par le Système Européen de Banques Centrales (SEBC), par delà ce qui se fait depuis des décennies en période calme (c’est à dire hors mesures non conventionnelles mises en place depuis mi 2007).

Ce dispositif aurait un double objectif : comment établir des relations saines et durables entre les Etats et la BCE d’une part, comment assurer le financement de la croissance de façon saine en favorisant de façon énergique la transition écologique indispensable à la viabilité de nos sociétés à moyen terme et, en fait, à toute la planète d’autre part ?

Premier objectif : les relations Etats –BCE

Connaissez-vous une très grande entreprise qui vive sans banquier(s) ? Non ! Et bien détrompez-vous, il y a les Etats de la zone euro ! Dans tous ces pays, l’Etat, la première entreprise par ses missions, son chiffre d’affaires, ses effectifs et son rôle d’entraînement de tout le tissu économique et social n’a pas de banquier ! Pas une facilité de caisse, pas un découvert, pas un crédit confirmé !!

Entre le recours sans borne à la planche à billets et  l’interdiction pure et simple de tout concours directs de la banque centrale (en France depuis la loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France et dans toute la zone euro depuis la création de l’euro) , il y a assurément un besoin urgent de déplacer le curseur.

Ne faudrait –il pas réfléchir à un financement par le SEBC de ce qui pourrait correspondre à des besoins de fonds de roulement des Etats, comme cela se fait pour les entreprises, pour couvrir les décalages infra annuels entre recettes et dépenses, pour éviter des retards de paiement des fournisseurs et les jonglages de trésorerie que doivent faire les différents Trésors,  tout particulièrement dans les périodes les plus troublées sur les marchés?  Un à deux mois maximum de facilités par rapport au budget annuel pourrait être un ordre de grandeur raisonnable. Ce refinancement pourrait se faire au taux que la BCE retient pour le refinancement des banques à 3 mois.  De façon très grossière, et selon les pays, cela pourrait avoisiner, sans le dépasser,  1% à 1,5 % du PIB pour un mois et 2 à 3 % pour 2 mois.

Second objectif : financer la transition écologique

Différents travaux estiment qu’il faudrait investir annuellement 2 à 3 % du PIB pendant plus  d’une décennie (cf. une étude 2011 du Programme des Nations Unies pour l’environnement, une Communication de la Commission européenne de 2011 également…) pour relever les défis écologiques de la planète. A ce titre, les Etats doivent être partie prenante comme amorceur et/ou catalyseur des investissements les plus lourds financièrement ou les plus longs en temps de retour, aux côtés du secteur privé.

Selon la Fondation pour la nature et l'homme, la France par exemple, aurait  besoin de 600 milliards d'euros d'investissement en dix ans pour assurer sa transition écologique. Cette fondation a proposé de "mettre la création monétaire au service de cette transition" en permettant aux Etats européens d'emprunter auprès de la BCE à des taux faibles ou nuls – cf un récent article dans le Cercle-Les Echos. Je reprends ici cette proposition en cherchant à lui donner corps de façon certes limitée mais, me semble t-il,  acceptable.

Cet objectif devrait déjà être le principal volet  « soutien de la croissance » indispensable à la réussite des plans de rigueur actuellement mis en œuvre alors qu'il manque toujours. Cela vaut pour tous les pays de la zone euro bien sûr mais tout autant pour les autres pays de l’Union… Malheureusement ces derniers n’ont pas accès à la BCE ...sauf s’il y avait  une avancée très ciblée en ce sens en tant que pays associés- ce qui serait éminemment souhaitable pour éviter de creuser le lit d’une Europe à deux vitesses.

Dans ce cas, les Etats agissant comme des banquiers qui financent des investissements  il serait tout à fait légitime et sans risque d’inflation de leur permettre un refinancement direct  auprès de la BCE pour ces investissements dans la limite de 1 à 1,5% du PIB (soit la moitié des besoins globaux) et ce aux taux qu’elle pratique pour le refinancement du système bancaire.

Mais le succès d’un tel plan et l’importance des capitaux à mobiliser supposent aussi l’implication  du secteur privé amené de ce fait à faire appel au crédit ou à des émissions de titres de dettes et donc impliquant fortement le secteur bancaire. Des partenariats public-privé seraient aussi à encourager dans ce processus.

Mais compte tenu de la situation actuelle des banques, des  nouvelles contraintes prudentielles sur les concours longs, de la faible rentabilité des fonds propres alloués à de tels emplois, celles –ci seront très en retrait pour ne pas dire fortement réticentes à s’impliquer.

Leur donner un accès à un refinancement systématique auprès de la BCE  à un taux privilégié, (par exemple à seulement 66% des taux de refinancement en vigueur par la BCE), pour ce type de concours pourrait changer la donne. Ces deux avantages contrebalancerait l’effet très fortement négatif des exigences nouvelles de liquidité et de renforcement de fonds propres qui sont imposés par  Bâle III.

Les banques centrales nationales parties prenantes au SEBC, ou un organisme ad hoc pour les pays où les banques centrales ne se sont jamais investies dans l’évaluation du crédit et/ou des entreprises (contrairement à la Banque de France), s’assureraient qu’il s’agit bien de financements conformes aux orientations et aux grandes caractéristiques d’investissement définies dans chaque pays, eux-mêmes étant la déclinaison d’un plan d’ensemble arrêté au niveau européen.

C’est un dispositif  qui permettrait  d’enclencher  la transition écologique dès maintenant malgré les plans de redressement qui contraignent  fortement les projets d’investissements et qui pourrait fonctionner durablement.

Redonner aux Etats de la zone euro un banquier qui les accompagne dans le quotidien de façon limitée mais sûre d’une part, et permettre, d’autre part, un refinancement privilégié pour les Etats comme pour les banques des investissements permettant d’assurer la transition écologique n’est que redéfinir un fonctionnement rationnel d’une partie de la création monétaire au profit de quelques-uns des très grands enjeux des décennies à venir. Cela sans supprimer pour autant  l’appel classique aux marchés de capitaux et à, disons-le, leur surveillance souvent bénéfique mais aussi parfois excessive, irrationnelle et très dangereuse.

Et le risque  d’inflation dans tout cela ? Il n’y a aucune raison qu’il y ait des effets de contagion d’une éventuelle euphorie dans les secteurs du développement durable sur les autres secteurs et sur les prix. Et de plus, ce sont des investissements sources de nouvelles innovations, réducteurs de coûts et d’externalités généralement non prises en compte mais qui finissent par se payer. En un mot, ce sont des investissements vertueux que la création monétaire, limitée, directement ou indirectement réalisée via la BCE peut et doit soutenir. Rien à voir avec un refinancement à l’aveugle habituellement pratiqué par les banques centrales et qui peut contribuer à certaines périodes à la spéculation sur l’énergie, les matières premières ou agricoles , les devises …  Et enfin ,pour nos amis allemands, opposés aux interventions de la banque centrale dans le financement direct des dettes publiques, on pourrait leur rappeler que pour le volet financement de la transition écologique, c’est en quelque sorte réactiver très modestement  leur pratique du  réescompte abandonnée, contre leur gré, lors de l’instauration de l’euro. Réescompte qui assurait près de 85 % du refinancement  des banques allemandes jusqu’à la fin des années 90 ; et ce avec une totale maitrise de l’inflation !



Reprise d'un résumé complété sur le site du Figaro le 18/11/2011 en commentaire de l' article " Les-Européeens se divisent à nouveau sur la Bce"


Les Etats de la zone euro ont besoin d'un banquier qui ne peut être que la BCE pour les accompagner dans le quotidien de façon limitée mais sûre à hauteur de 1 à 2 mois maximum du budget annuel. Il faut aussi permettre un refinancement privilégié pour les Etats et pour les banques qui financent les investissements de la transition écologique indispensable pour soutenir la croissance et commencer à traiter les grands enjeux environnementaux et énergétiques des décennies à venir.

Voir l'article que j'ai publié sur
http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/politique-economique/221140041/bon-usage-refinancement-bc

jeudi, 10 novembre 2011

Les banques françaises se sont délestées de leurs dettes souveraines

Les Echos du 10/11/2011


mon commentaire :

Le 6 mai 2010 dans "Proposition pour remédier au risque pays dans la zone euro", j’écrivais dans Le Cercle - Les Echos:

« Consolider les dettes publiques européennes actuellement portées spontanément par les banques et assurances européennes par une obligation réglementaire à l'échelle européenne (comme Bâle 2) est indispensable si on veut maitriser la crise de la dette européenne actuelle et ses conséquences désastreuses pour les économies.(…)

C'est le seul moyen d'éviter une récession et un péril majeur pour l'euro; chocs qui mettraient vraiment en risque également toutes les créances privées européennes portées par les établissements bancaires et d'assurances européens. C'est le seul moyen d'éviter de déclassement en chaîne des signatures publiques obligeant des provisionnements qui vont être sans limites.(…).
Outre la mise en œuvre des plans de redressement arrêtés, il faut une mesure courageuse de ce type pour arrêter le cercle vicieux de fuite en avant."


Cela n'a pas été fait ; on en voit les conséquences.

vendredi, 28 octobre 2011

Accord européen : l'aide de la Chine suscite la polémique

les Echos - le 28/10/2011

A Paris, des voix s'élèvent pour dénoncer un bradage de l'Europe à Pékin. La Chine, de son côté, souffle le chaud et le froid. La tournée asiatique du directeur du Fonds européen, l'Allemand Klaus Regling, s'annonce politiquement délicate.

mon commentaire :

Le FESF étant l'expression financière de la solidarité dans la zone euro - même si elle a été laborieuse à se formaliser-   il a une signature qui sera une des meilleures du monde.

Que diable avons-nous besoin de vouloir en « prévendre » le financement à la Chine et/ou à d'autres pays à rente pétrolière ou gazière alors qu'une bonne partie des investisseurs publics et privés voudra souscrire à ses émissions parce que les placements dans des dettes publiques ou  même privées aussi solides ne sont pas légions. Il y a énormément de liquidités à placer et il est sidérant de voir nos dirigeants partir ainsi et si tôt faire la quête avec tant de naïveté.

Et par ailleurs, il y a plusieurs voix d'experts ou de banques, et le présent signataire – « le FESF assureur oui, mais via les CDS souverains ! », dans  le Cercle-Les Echos du 23 octobre, pour dire que l'effet de levier peut être réalisé par des ventes d'options de la part du FESF. ET pour ce faire, il n'a pas besoin de plus de capitaux qu'il n'en a avec ses 440 milliards actuels.

dimanche, 23 octobre 2011

Le FESF assureur oui, mais via les CDS souverains !

Le Cercle - Les Echos- 23/10/2011 | MichelCastel | Politique économique

Résumé :

Les solutions françaises ou allemandes en cours de négociation sont inacceptables tantôt par les uns tantôt par les autres. Il faudrait d’urgence que les autorités européennes permettent au FESF d’intervenir sur le marché des credit default swap (CDS) souverains, comme vendeur de protections pour faire tomber la fièvre et donner du temps au temps pour des plans de redressements viables.

                                                                        

                                                                                    ** 


Il faut faire tomber immédiatement la fièvre qui risque d’emporter les dettes publiques européennes. Comment y parvenir ? Les solutions françaises ou allemandes en cours de négociation sont inacceptables tantôt par les uns tantôt par les autres. On ne reprendra pas ici les éléments expliquant ce fait largement présenté par toute la presse économique.
Il faut donc essayer de dépasser cette situation de quasi blocage pour recourir à d’autres techniques qui n’impliquent pas davantage qu’aujourd’hui  la BCE et ne demandent pas une extension du volume des fonds mis à la disposition du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) ni une modification de son cahier de charges.
Une des rares solutions peut-être encore possible  serait que les pays de la zone euro décident de recourir aux mêmes techniques que les marchés, à savoir des interventions sur le marché des CDS souverains. En étant vendeurs de CDS, donc de protections pour les porteurs de dettes publiques européennes, via le FESF, les Instances européennes se mettraient en travers du marché pour éviter les taux totalement insupportables qui pèsent sur un nombre toujours grandissant de pays ; taux qui participent grandement au cercle vicieux actuellement à l’oeuvre.  


Il s’agirait ainsi d’intervenir de façon concertée via le FESF, comme il arrive que les banques centrales le fassent de temps à autre sur le marché des changes pour contrecarrer des mouvements aberrants sur devises (on citera par exemple, les accords du Plazza, du Louvre...). Vendeur de protections, le FESF en augmenterait considérablement l’offre et cela en ferait fortement baiser les prix. Le risque est réel mais à la dimension du FSF actuel et il ne devrait pas avoir à jouer si les politiques de redressement budgétaires engagées sont tenues et si la gouvernance européenne décidée le 21 juillet produit bien tous ses effets de pilotage des très grands équilibres des pays membres de la zone euro. 


Il reviendrait aux experts et aux décideurs politiques ensuite de retenir le meilleur processus pour obtenir une hiérarchie raisonnable et viable des primes de risques des différents pays- celui de la Grèce serait établi après la forte réduction de sa dette  qui est cours de détermination-   et les canaux d’interventions  :  par adjudications ou à guichet ouvert à un prix déterminé par dette… à l’instar de ce que les banques centrales font depuis 4 ans maintenant pour assurer la liquidité interbancaire lors de leurs interventions traditionnelles et/ou  non conventionnelles ; en intervenant seul ou par le biais de quelques établissements travaillant sous mandat.
Ayant alors une offre abondante de couverture de risques, le volume et le niveau des taux des nouveaux emprunts  -pour faire face aux remboursements des emprunts à échoir-   redeviendraient satisfaisants et les besoins de renforcement en fonds propres des banques en seraient ou diminués ou leur efficacité grandie d’autant,  puisque disposant d’une importante offre de couvertures de leurs risques sur dettes publiques en portefeuille.


Les Européens joueraient ainsi un rôle d’assureur non discriminant entre les dettes anciennes et futures ou entre les pays. Certes ils prendraient des risques mais sans doute beaucoup efficacement que quand ils agissent a posteriori en étant obligés de ratifier, contre leur gré, ce que les marchés ont produit.  Et comme toute assureur qui touche une prime, celle-ci est adéquate si, et surtout si, les assurés ont des comportements responsables et s’ils ne présentent pas des risques intrinsèquement non assurables. C’est le cas de la zone euro qui reste la zone du monde où le total des dettes publiques et des dettes privées est le moins élevé ; et c’est aussi le cas parce que la crise aura obligé les pays membres à beaucoup mieux coordonner leurs politiques à l’avenir avec des tableaux de bord autrement plus complets que ce qui prévalait depuis l’instauration de l’euro .    
Comme au judo, utilisons la force et les armes de l’autre (le marché) pour mieux lui résister, voire pour lui permettre de mieux fonctionner en empêchant ses emballements !

samedi, 22 octobre 2011

Qui voudra encore de ce machin ?

l'éditorial de l'Echo du 22/10/2011

Le fonds de sauvetage européen devient une affaire bancale. Non tant pour ses prétentions, gigantesques, que pour la difficulté qu’auront les Européens à le vendre auprès des investisseurs après leurs querelles de chiffonniers.

mon commentaire :

Il faut faire tomber la fièvre immédiatement. Comment y parvenir ? Les solutions françaises ou allemandes sont inacceptables tantôt par les uns tantôt par les autres.

Il faudrait que les Instances européennes utilisent les mêmes techniques que les marchés à savoir prendre des positions sur les CDS des pays de la zone euro. Elles se mettraient en travers du marché pour éviter des taux totalement insupportables via le FESF, et ce dans le cadre de son cahier des charges actuel, sans faire appel à la BCE .

Il s’agit de faire exactement comme il arrive que les banques centrales le fassent de temps à autre sur le marché des changes pour contrecarrer les mouvements aberrants (exemple les accords du Plazza, du Louvre...). Le FESF serait vendeur de protections. Mais en augmentant l’offre il pourrait en faire fortement baiser les prix. Le risque est réel mais à la dimension du FSF actuel et il ne devrait pas avoir à jouer si les politiques engagées sont tenues.
Si en 1992 le Royaume-Uni avait contré l’action de Georges Soros et son milliard de dollars contre la livre sterling en se mettant en face de lui, celle-ci n’aurait pas décroché. Comme au judo, utilisons la force et les armes de l’autre pour mieux porter un coup.

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