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Tag - Marchéisation

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vendredi, 21 décembre 2012

2,5 milliard d'euros, un record pour les émissions obligataires des collectivités locales

La Tribune du 20/12/2012

En 2012, les collectivités locales françaises ont levé 2,5 milliards d'euros sur le marché obligataire. Un montant trois fois supérieur à celui de 2011, et qui constitue un record historique.

mon commentaire :

On verra ce qu'il en coûtera aux collectivités territoriales et autres organismes publics quand les marchés se mettront à douter de leur signature. Les crédits bancaires classiques (càd non toxiques) n'immunisent pas de toute difficulté mais avec eux on peut au moins renégocier calmement avec les prêteurs, les banques,  qui vous connaissent et sont engagés avec vous, alors que les marchés roulent les financements de porteurs en porteurs  qui n'ont rien à faire de votre situation. Et en cas d'alerte, c'est en temps réel qu'ils veulent s'alléger de leurs créances dont la valeur diminue d'autant plus et d'autant plus vite que le processus s'est enclenché sur les marchés.

On introduit une volatilité et un court-termisme qui coûteront  très cher, et forcément au plus mauvais moment, à ces emprunteurs et à leurs contribuables.
On n'a pas compris encore ce qui s'est passé pour les Etats en se mettant ainsi dans la main des marchés !! 
  

mercredi, 4 juillet 2012

Les limites du sur-mesure

Editorial des Echos du 04/07/2012 par François Vidal

Les dirigeants de société le vivent au quotidien, les chiffres du financement au premier semestre 2012 en attestent : le crédit aux entreprises est entré dans l'ère du sur mesure. La part du financement obligataire, c'est-à-dire celle assurée par les marchés, s'y développe rapidement aux dépens du crédit bancaire. En clair, le banquier cède progressivement sa place aux investisseurs.

mon commentaire :

D’accord avec l’analyse des risques, pas d’accord avec la conclusion. Ce n’est pas parce que le crédit bancaire se fait difficile qu’il faut promouvoir les marchés !

Quand tout sera marchéïsé, on aura :

-plus de volatilité et d’ampleur dans les chocs financiers et économiques,

- des épargnants qui supporteront directement les risques de défaillance et les risques de taux et de change,

- des banques centrales obligées d’intervenir, y compris sur les marchés, et ce beaucoup plus encore qu’aujourd’hui en cas de crise.

Le crédit n’est pas sans défaut, la marchéïsation non plus. Celle-ci anesthésie longtemps acteurs et observateurs …jusqu’à leur réveil. Et là, c’est une déferlante ingérable.

Regardons un exemple qui pourtant ne touchait qu'un pays. En Août 1982, le Mexique n'a plus pu payer les intérêts de ses crédits bancaires, on a eu le temps de faire avec les banques et le FMI un plan de redressement. A nouveau en crise en 1094, la BRI a dû mettre 50 Mds de dollars sur la table en 24 h pour sauver de l'effondrement complet les obligations mexicaines.

vendredi, 18 mai 2012

L'Europe a besoin de davantage de crédit non bancaire

Le Cercle- Les Echos du 18/05/2012 par Nicolas Véron

La majorité des responsables publics français et européens continuent de considérer la finance à travers le prisme des banques traditionnelles, mais ils devraient impérativement élargir leur horizon.

commentaire :

Ce n’est pas parce que le crédit bancaire se fait difficile qu’il faut promouvoir les circuits de financement non bancaires !

Quand on aura marchéïsé très fortement les financements on aura :


-plus de volatilité et d’ampleur encore dans les chocs économiques et financiers – le modèle américain a ses limites en cas de généralisation,
- une très forte démutualisation des signatures des emprunteurs. Les PME et TPE qui n’ ont pas accès au marché dépendront de banques asséchées des bonnes signatures,
- une déformation des circuits de l’épargne au profit de produits de marché. Les épargnants supporteront directement les risques de défaillance et les risque de taux alors que l’épargne intermédiée bénéficie de la protection du nominal. Les effets de richesse seront redoutables.
- des banques centrales obligées d’intervenir sur les marchés dans des proportions encore beaucoup plus grande qu’aujourd’hui par des achats fermes avec des risques de monétisation considérables.


Le canal du crédit n’est pas sans défaut mais celui de la marchéïsation non plus. A égalité pour l’analyse du risque microéconomique. la maitrise du risque macro-économique est moindre quand les marchés assurent l’essentiel des financements et des risques. L’atomisation des risques, leur couverture et le succès apparemment durable anesthésient longtemps les acteurs et les observateurs …jusqu’au moment de leur réveil. Et là, c’est une déferlante face à laquelle on ne sait pas faire face.
Un petit exemple alors même que cela ne touchait qu’un seul pays. En Août 1982 le Mexique endetté de 100 milliards de dollars sous de crédits ne pouvait plus payer. Après plusieurs mois de négociation avec les banques et le FMI un plan de redressement a été établi. En 1994, à nouveau en grande difficulté, la BRI a dû mettre 50 milliards sur la table en 24 h pour sauver de l'effondrement complet les obligations mexicaines ! Même gravité des problèmes: délais extraordinairement différents.

                                                                                         **

Ci-après un bref commentaire suite à l'article " Le financement de l'économie en danger "signé par Philippe Brassac- Jean-Louis Fort et Olivier Pastré dans Le Cercle - Les Echos du 22 mai 2012   http://www.lesechos.fr/0202062844751.htm


Je partage complètement cette analyse. Elle peut me semble t-il être prolongée par les deux commentaires que j'ai fait à propos de l'article du 18 mai dernier de Nicolas Véron intitulé :
" L'Europe a besoin de davantage de crédit non bancaire" .

Lien proposé : le Cercle - les Echos

lundi, 26 décembre 2011

Le privilège exorbitant conféré par la France à 4 agences de notation

Le Cercle-Les Echos -23/12/2011 | Dominique Doise

Nous nous plaignons de la tyrannie des agences de notation. La France leur a, pourtant octroyé, sans contreparties apparentes, d’insensés privilèges qu’il faut supprimer sans tarder.

mon commentaire :

Dominique Doise, très heureusement,  montre par un exemple concret l’importance qu’il y a à mener des analyses détaillées de la réalité.

En effet, il y a les grands discours et derrière ceux-ci la réalité, à savoir bien souvent des décisions techniques prises sans recul, en sacrifiant aux modes, et qu’il est bien difficile de modifier une fois qu’on les a prises… alors que dans le même temps on crie plus fort qu’avant  son indignation ! A droite comme à gauche d’ailleurs.

Si les experts, là où ils sont, faisaient connaitre de telles contradictions, peut-être que les opinions dites éclairées le seraient vraiment et que l’opinion publique en général en aurait quelques échos pour le plus grand bien du pilotage de la chose publique.   

jeudi, 13 janvier 2011

La France est-elle finie ?

Introduction du livre de Jean-Pierre Chevènement "La France est-elle finie ?" (Fayard)

Le Cercle Les Echos -

La France qui, il y a un demi-siècle, nourrissait encore des rêves de grandeur avec le général de Gaulle, ou même, il y a trois décennies, l’ambition de « changer la vie » avec François Mitterrand, apparaît aujourd’hui comme un pays sans avenir, désespérant pour sa jeunesse. L’essentiel se passe ailleurs. La France serait-elle sortie de l’Histoire sans s’en apercevoir ?

mon commentaire :


"L’énigme historique à résoudre"

 

« Comment la gauche française a-t-elle pu passer du « programme commun » au libéralisme, ou, si l’on préfère, au social-libéralisme, …Comment tant d’hommes, dont je ne puis suspecter l’honnêteté, ont-ils pu opérer pareille conversion ? Par quel sortilège ? Cette énigme doit être résolue. »

C’est une des questions que pose Jean-Pierre Chevènement dans son livre« La France est-elle finie ? »

J’essayerai d’y apporter trois réponses de nature financière, sans doute partielles, mais néanmoins éclairantes, me semble t-il.

La première, vient du fait que la gauche arrivant au pouvoir pensait disposer d’une marge de manœuvre assez importante en matière de dépenses budgétaires  parce qu’à l’époque la dette publique était extrêmement faible (27 % du PIB en 1980) et que les prévisions de croissance des pays de l’OCDE paraissaient très favorables et permettraient donc de compenser l’accroissement des importations dus à la relance de la consommation par un accroissement de même ordre des exportations. Malheureusement ce ne fut pas le cas. La demande mondiale chuta assez fortement à partir de 1982 en raison notamment

- de la forte montée des taux d’intérêt sous l’impulsion de politiques monétaristes aux USA engagées à partir de 1999 (Volcker portant les taux d’intérêt de la FED à plus de 20 % en 1981),

 - du durcissement du thachtérisme au Royaume-Uni, et

- de la crise des pays en voie de développement à partie de mi 82, avec l’emblématique crise de la dette mexicaine en août de cette année là.

La deuxième réponse, résulte du fait que pour éviter tout risque de dérives de la création monétaire par l’Etat, source d’inflation, alors que le nouveau gouvernement avait promis de la faire baisser (elle avoisinait 12 % à l’époque), il a été décidé que le déficit public serait financé par des ressources obligataires. Il en est résulté deux conséquences. La première est que les premiers emprunts émis l’ont été à plus de 16% , à taux fixe : il fallait payer au prix fort l’épargne jamais rassurée par un gouvernement de gauche et croyant fort peu aux promesses de faire baisser l’inflation ).Ces emprunts ont coûté très cher au budget les années suivantes avec la forte baisse d’inflation constatée et la baisse des taux d’intérêt qui en a découlé. De plus, par une limitation du taux de rémunération d’une partie de l’épargne auprès des banques et par la politique commerciale de celles-ci – elles se sont souvenues qu’elles disposaient de véhicules de placement collectifs totalement sous utilisés depuis une quinzaine d’années, les SICAV et fonds communs de placement – cette épargne a été canalisée vers l’achat de la dette publique (bons du Trésor et obligations). Le dispositif a parfaitement fonctionné puisque les porteurs de parts ont bénéficié de plus-values importantes résultant de la baisse des taux, elles mêmes liées à la baisse de l’inflation ; ce financement n’a jamais manqué. Le problème est venu du fait qu’à partie de 1985, les plus-values d’hier contenues dans ces SICAV et FCP pouvaient devenir demain autant de moins-values avec l’obligation de remonter les taux pour défendre le franc. Et c’est là , sans doute à son corps défendant que le Gouvernement a été obligé de mettre progressivement en place des circuits, des instruments et des techniques  susceptibles de réduire ce risque. Risque d’autant plus important qu’avec les SCAV monétaires  c’était souvent de la trésorerie d’entreprises et de ménages qui risquaient ces moins-values, voire une illiquidité partielle. Et de permettre l’émission de billets de trésorerie – équivalent au commercial paper aux USA- à la fin de 1985, de créer peu après un marché à terme, le MATIF, et en 1987 un marché d’options négociables, le MONEP, à l’image de la finance outre –atlantique qui avait fortement développé ces techniques et ces marchés au cours de la décennie 70.  

Ainsi , c’est notamment pour maitriser les risques de taux accumulés par un financement non monétaire des déficits publics que les gouvernements de l’époque ont dû instiller de plus en plus de marché dans le fonctionnement de la finance française. Ce qui n’a absolument pas été le cas pour l’Allemagne

La troisième réponse, moins tangible, n’est pas moins réelle. Elle résulte de la pensée économique dominante de l’époque croyant à l’optimum du financement des économies par les marchés de capitaux. Pensée qui a perduré jusqu’à l’automne 2008, jusqu’à le chute de Lehman Brothers… et qui n’est pas loin de reprendre toute son aura !

C’est au nom de la déréglementation, de la modernisation, et de la recherche du mimétisme avec le modèle américain que quelques États (dont la France dès 1986-1987), puis les instances européennes, ont poussé à la transformation des modes de financement, au grand regret de l’Allemagne et plus précisément de la Bundesbank. Cette dernière considérait en effet que lorsque le financement d’un pays est assuré plus de 80%par le crédit, les banques centrales sont largement en mesure de maîtriser les emballements économiques et financiers et qu’elles ne savent plus le faire quand les marchés de capitaux deviennent omniprésents. En écartant ce principe de régulation, on donnait du même coup un grand coup de canif dans le modèle d’économie sociale de marché (parfois appelé le modèle rhénan) et à l’axe politique Paris/Bonn au profit du modèle économique anglo-saxon.

L’Allemagne, l’Espagne, l’Europe du Nord – pour la partie non déjà acquise au modèle américain – et l’Italie ont finalement rejoint ce mouvement de marchéisation de l’épargne et du crédit au cours des années 90.

 

Voilà trois points qui peuvent contribuer partiellement à réduire l’énigme soulevée par Jean-Pierre Chevènement. A moins qu’historiens, économistes, hommes de l’art et responsables de l’époque considèrent que ces analyses sont largement, voire complètement, dénuées de pertinence.

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