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Tag - Marchéisation

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jeudi, 13 janvier 2011

La France est-elle finie ?

Introduction du livre de Jean-Pierre Chevènement " La France est-elle finie ?" (Fayard)

Le Cercle Les Echos -

La France qui, il y a un demi-siècle, nourrissait encore des rêves de grandeur avec le général de Gaulle, ou même, il y a trois décennies, l’ambition de « changer la vie » avec François Mitterrand, apparaît aujourd’hui comme un pays sans avenir, désespérant pour sa jeunesse. L’essentiel se passe ailleurs. La France serait-elle sortie de l’Histoire sans s’en apercevoir ?

mon commentaire :


"L’énigme historique à résoudre"

 

« Comment la gauche française a-t-elle pu passer du « programme commun » au libéralisme, ou, si l’on préfère, au social-libéralisme, …Comment tant d’hommes, dont je ne puis suspecter l’honnêteté, ont-ils pu opérer pareille conversion ? Par quel sortilège ? Cette énigme doit être résolue. »

C’est une des questions que pose Jean-Pierre Chevènement dans son livre« La France est-elle finie ? »

J’essayerai d’y apporter trois réponses de nature financière, sans doute partielles, mais néanmoins éclairantes, me semble t-il.

La première, vient du fait que la gauche arrivant au pouvoir pensait disposer d’une marge de manœuvre assez importante en matière de dépenses budgétaires  parce qu’à l’époque la dette publique était extrêmement faible (27 % du PIB en 1980) et que les prévisions de croissance des pays de l’OCDE paraissaient très favorables et permettraient donc de compenser l’accroissement des importations dus à la relance de la consommation par un accroissement de même ordre des exportations. Malheureusement ce ne fut pas le cas. La demande mondiale chuta assez fortement à partir de 1982 en raison notamment

- de la forte montée des taux d’intérêt sous l’impulsion de politiques monétaristes aux USA engagées à partir de 1999 (Volcker portant les taux d’intérêt de la FED à plus de 20 % en 1981),

 - du durcissement du thachtérisme au Royaume-Uni, et

- de la crise des pays en voie de développement à partie de mi 82, avec l’emblématique crise de la dette mexicaine en août de cette année là.

La deuxième réponse, résulte du fait que pour éviter tout risque de dérives de la création monétaire par l’Etat, source d’inflation, alors que le nouveau gouvernement avait promis de la faire baisser (elle avoisinait 12 % à l’époque), il a été décidé que le déficit public serait financé par des ressources obligataires. Il en est résulté deux conséquences. La première est que les premiers emprunts émis l’ont été à plus de 16% , à taux fixe : il fallait payer au prix fort l’épargne jamais rassurée par un gouvernement de gauche et croyant fort peu aux promesses de faire baisser l’inflation ).Ces emprunts ont coûté très cher au budget les années suivantes avec la forte baisse d’inflation constatée et la baisse des taux d’intérêt qui en a découlé. De plus, par une limitation du taux de rémunération d’une partie de l’épargne auprès des banques et par la politique commerciale de celles-ci – elles se sont souvenues qu’elles disposaient de véhicules de placement collectifs totalement sous utilisés depuis une quinzaine d’années, les SICAV et fonds communs de placement – cette épargne a été canalisée vers l’achat de la dette publique (bons du Trésor et obligations). Le dispositif a parfaitement fonctionné puisque les porteurs de parts ont bénéficié de plus-values importantes résultant de la baisse des taux, elles mêmes liées à la baisse de l’inflation ; ce financement n’a jamais manqué. Le problème est venu du fait qu’à partie de 1985, les plus-values d’hier contenues dans ces SICAV et FCP pouvaient devenir demain autant de moins-values avec l’obligation de remonter les taux pour défendre le franc. Et c’est là , sans doute à son corps défendant que le Gouvernement a été obligé de mettre progressivement en place des circuits, des instruments et des techniques  susceptibles de réduire ce risque. Risque d’autant plus important qu’avec les SCAV monétaires  c’était souvent de la trésorerie d’entreprises et de ménages qui risquaient ces moins-values, voire une illiquidité partielle. Et de permettre l’émission de billets de trésorerie – équivalent au commercial paper aux USA- à la fin de 1985, de créer peu après un marché à terme, le MATIF, et en 1987 un marché d’options négociables, le MONEP, à l’image de la finance outre –atlantique qui avait fortement développé ces techniques et ces marchés au cours de la décennie 70.  

Ainsi , c’est notamment pour maitriser les risques de taux accumulés par un financement non monétaire des déficits publics que les gouvernements de l’époque ont dû instiller de plus en plus de marché dans le fonctionnement de la finance française. Ce qui n’a absolument pas été le cas pour l’Allemagne

La troisième réponse, moins tangible, n’est pas moins réelle. Elle résulte de la pensée économique dominante de l’époque croyant à l’optimum du financement des économies par les marchés de capitaux. Pensée qui a perduré jusqu’à l’automne 2008, jusqu’à le chute de Lehman Brothers… et qui n’est pas loin de reprendre toute son aura !

C’est au nom de la déréglementation, de la modernisation, et de la recherche du mimétisme avec le modèle américain que quelques États (dont la France dès 1986-1987), puis les instances européennes, ont poussé à la transformation des modes de financement, au grand regret de l’Allemagne et plus précisément de la Bundesbank. Cette dernière considérait en effet que lorsque le financement d’un pays est assuré plus de 80%par le crédit, les banques centrales sont largement en mesure de maîtriser les emballements économiques et financiers et qu’elles ne savent plus le faire quand les marchés de capitaux deviennent omniprésents. En écartant ce principe de régulation, on donnait du même coup un grand coup de canif dans le modèle d’économie sociale de marché (parfois appelé le modèle rhénan) et à l’axe politique Paris/Bonn au profit du modèle économique anglo-saxon.

L’Allemagne, l’Espagne, l’Europe du Nord – pour la partie non déjà acquise au modèle américain – et l’Italie ont finalement rejoint ce mouvement de marchéisation de l’épargne et du crédit au cours des années 90.

 

Voilà trois points qui peuvent contribuer partiellement à réduire l’énigme soulevée par Jean-Pierre Chevènement. A moins qu’historiens, économistes, hommes de l’art et responsables de l’époque considèrent que ces analyses sont largement, voire complètement, dénuées de pertinence.

mercredi, 24 février 2010

L'italie se défend d'avoir maquillé le montant de sa dette

[ 24/02/10 ] - les Echos

Entre 1998 et 2008, le Trésor italien a gagné 8,1 milliards d'euros en recourant à des opérations de swap sur les devises et les taux d'intérêt. « C'est l'activité normale de gestion active de la dette », assure le ministère des Finances.


Ma réaction à cet article :

Tout ce qui compte dans l'économie et la finance s'est félicité des innovations financières permettant une optimisation du temps,de l'espace et une efficacité (dite) sans égale avec les financements classiques.
Et on voudrait que les Etats devenus des agents économiques comme les autres, soumis aux mêmes contraintes pour accéder dans de bonnes conditions aux marchés ne recourent pas à ces techniques?
Une signature cela se gère : pourquoi ne feraient-ils pas de la débudgétisation comme on a fait des SIV pour titriser, pourquoi ne vendraient-ils pas des recettes futures comme les entreprises vendent leur chiffres d'affaires sur abonnements? Pourquoi ne pas swaper comme tout le monde? Cela, plus une comptabilité publique plus qu'opaque sur les hors-bilans, mais pas plus absconse que les multiples variantes de comptabilité en normes IFRS nous amènent aux situations actuelles.

Plus de transparence n'y suffira pas. Certains usages des innovations financières seraient à bannir.

mardi, 30 juin 2009

Revoir le rôle des banques centrales

Article cosigné avec Dominique Plihon

publié par la Revue d'Economie Financière dans un numéro intitulé " Dollar : fin de règne ?

juin 2009 N° 94

accéder à l'article complet  - ( l'accès est libre après l'ouverture d'un compte auprès de l'Association d'économie financière-AEF)

Résumé

La crise a montré la capacité des banques centrales à éviter l’effondrement des systèmes bancaires, mais également les limites de leur action de prévention des risques systémiques.

La marchéisation considérable des financements fait qu’elles ne peuvent plus se limiter à une politique monétaire de lutte contre l’inflation des prix à la consommation et à la production, mais doit les amener à avoir une politique agissant contre des changements trop importants du prix des actifs financiers et immobiliers.

La stabilité financière qui doit figurer dans leurs objectifs passe aussi par une modification profonde de leur politique de refinancement pour compléter les dispositifs prudentiels, notamment en matière de liquidité. La crise financière a en effet montré qu’il est indispensable de compléter les dispositifs microprudentiels par un suivi et des actions macroprudentielles impliquant les banques centrales.

Classification JEL : E52, E58, G18, G21


mardi, 16 décembre 2008

la machine à bulles

En réaction à cet article "la machine à bulles"

Les Echos 16 /12/2008

|http://www.lesechos.fr/info/analyses/4809338-la-machine-a-bulles.htm|fr]

Le déficit extérieur US remonte aux années 60. Les déséquilibres entre grandes zones économiques ne sont ni nouveaux ni près de se tarir. L'ampleur de la crise actuelle vient de la transformation de crédits en produits de marché négociés en temps réel- forcément en mark to market- avec dilution et prolifération de risques repackagés et supports d'opérations à effet de levier; faites pour compte propre ou compte de tiers par ceux qui avaient sorti ces risques de leur bilan -les banques- et tous les gestionnaires d'épargne ou de contrats collectifs. Les risques sont partout, mal identifiables et d'une ampleur telle que toutes les signatures deviennent suspectes. Cela rappelle les crises mexicaines. En août 82, la dette (100 Mds $) était bancaire: le FMI a eu du temps pour élaborer un plan de redressement avec contribution des banques. En 94/95, la dette, cette fois largement obligataire, a obligé la BRI à mobiliser 50 Mds en 24 h pour éviter un effondrement! Une illustration des effets de la marchéisation

lundi, 30 juin 2008

Redéfinir la place des marchés financiers et des banques


Article dans le numéro Hors série "Crise financière : analyses et propositions";  numéro réalisé conjointement par la Revue Risques et la Revue d'Economie Financière.
Juin 2008
(accès réservé aux abonnés de la REF)

 Résumé :


Depuis la crise financière qui a éclaté au cours de l’été 2007, il est de bon ton de dire qu’il n’y a pas de capitalisme sans crises financières et que, si celles-ci s’accélèrent, c’est le prix à payer pour maintenir le financement de la croissance.

Tout devrait être fait pour que les déséquilibres économiques – effectivement incontournables – soient contenus, autant que faire se peut, pour éviter des crises systémiques à conséquences régionales, voire mondiales, plus ou moins catastrophiques.
Cela ne passe pas par des incantations ni des discours sommaires, mais par des analyses de fond des mécanismes et circuits financiers récents en oeuvre, ainsi que par l’examen du cadre institutionnel et réglementaire en place, avec pour objectif le renforcement de la robustesse du financement des économies.

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