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jeudi, 9 mars 2017

Monsieur Macron et le moins disant réglementaire en matière bancaire

Le Cercle-les Echos du 9/03/2017

M. Macron souhaite que les grands ratios de solvabilité de liquidité et de fonds propres des banques et des assurances puissent être discutés au niveau européen à l'Ecofin

 

M. Macron, ex ministre de l'Economie et candidat à la présidence de la République  a déclaré devant la Condéfération des PME le 6 mars dernier:

«Ce que je souhaite c'est que les grands ratios de solvabilité de liquidité et de fonds propres des banques et des assurances puissent être discutés au niveau européen à l'Ecofin chaque année et qu'on en fixe, avec des objectifs de financement économique, les grandes règles». Selon lui, les régulations adoptées après la crise (Bâle 2 et 3, ainsi que Solvency 2), ont incité les acteurs financiers à désinvestir. Ces régulations ne sont «pas adaptées à la France»..

«Nous nous sommes fait avoir», a-t-il ajouté en précisant qu'elles «touchent beaucoup les économies comme les nôtres qui n'étaient pour rien dans l'origine de la crise.» «Les instances prudentielles veulent de la prudence, donc elles n'ont qu'un objectif de réduction du risque et donc elles ont désincité les banques et les assurances à financer l'économie»,

Que penser de ce diagnostic et de cette proposition ?

D'abord il est un peu surprenant d'entendre un Ministre averti dire que "nous nous sommes fait avoir". Il est su depuis longtemps que la France, mais aussi toute l'Europe continentale, dépend plus des banques que les USA et la Grande-Bretagne pour leur financement et que depuis 4 à 5 ans toutes les instances politiques nationales et européennes veulent dès lors faire plus de place aux marchés de capitaux. Ensuite on rappellera que la croissance des crédits a été proche de 5 % en 2016 en France pour une croissance nominale de 3% environ,  que la Fédération Bancaire Française s'en félicite ( " Le crédit bat des records en 2016 : Les banques françaises financent l'économie" , communiqué du 22 février 2017 ) et que les résultats des banques ont été plus que confortables. 

Livrer, chaque année, la fixation des règles prudentielles aux Ministres des Finances conduit à politiser le débat et à provoquer des désaccords supplémentaires entre les pays de la zone euro  ...qui n'en ont pas besoin ! Avec en plus des résultats dépendant bien plus de marchandages que des besoins réels des différents pays.

Faire fluctuer fortement chaque année les conditions de distribution du crédit en fonction de la conjoncture en jouant sur les normes prudentielles alors que la politique monétaire est en charge de cette régulation - avec les taux d'intérêt, les conditions de refinancement, voire les réserves obligatoires - c'est demander à des données structurelles de se substituer aux instruments de politique monétaire bien mieux appropriés.


Le contrôle prudentiel est un soubassement structurel stable - un peu comme les règles fiscales- qui ne doit pas être modifié en fonction des conjonctures économiques car s'il faut peu de temps pour en réduire  les exigences il en faut beaucoup pour les relever. Cette inertie vient du fait que les ratios prudentiels portent essentiellement sur les fonds propres qui sont d’une manipulation difficile et qui jouent sur la géographie du capital et sur les capitalisations boursières.
De plus l'histoire financière de ces 15 dernières années a montré et montre que les banques sont bien souvent obligées de respecter des ratios de fonds propres supérieurs à ceux édictés par les autorités prudentielles pour maintenir la qualité de leur signature. Un assouplissement conjoncturel décidé par l'ECOFIN  mais qui ne serait pas ratifié par les marchés serait du plus mauvais effet. 
Cette proposition reprend enfin celle des Républicains les plus anti-régulation aux Etat-Unis, avec le Président Trump comme porte-parole. Or ce n'est pas une bonne chose pour la robustesse de l"économie financière mondiale qui est loin d'être assurée; l'OCDE vient d'ailleurs de noter que les risques financiers s'accentuent. Un haut niveau de normes prudentielles, stables de surcroît,  est en outre un gage de sérieux qui peut être de nature à rassurer des investisseurs et les opérateurs sur l'interbancaire dans la zone euro...  Une carte que l'Europe ne doit pas perdre.

Avec un peu de mauvais esprit, mais dans le même ordre d'idée, à quand une proposition de tel ou tel pour substituer à l'objectif  de la BCE de "un peu moins de 2% d'inflation" par une discussion annuelle au niveau européen dudit objectif !


mercredi, 4 mars 2015

Subprimes, saison 2

Les Echos du 04/03/2015- Chronique  Edouard Tetreau / Associé-gérant de Mediafin |


Commentaire :

1- "L'argent déborde de partout: depuis le robinet de la Réserve Fédérale  et ses

 3 700 Mds de dollars de "quantitative easing" (..).

2- "Chacun d'expliquer que le risque financier avait disparu puisqu'on avait trouvé la martingale pour le diffuser partout de façon indolore" .

L'analyse d'E. Tétreau  ne peut que conduire à son diagnostic très inquiétant même si l'horizon peut être plus long d'un ou deux ans.

Financer aussi puissamment  et surtout  à l'aveugle les économies comme le font la Fed, la Banque du Japon, du Royaume-Uni et comme commence à le faire la BCE ne peut qu'accroître les effets de levier et la spéculation sur toutes sortes d'actifs mobiliers et immobiliers. L'emballement aura une fin et on n'aura plus cette fois les moyens de la juguler comme il l'écrit très justement.

D'urgence il faut que les banques centrales ciblent mieux les refinancements et rachats qu'elles font et/ou,plus ponctuellement, édictent quand nécessaire des règles empêchant les dérives constatées (taux d'effort trop élevé, prêt plus longs que la durée de vie des biens...). Il faut aussi que toutes les autorités arrêtent d'urgence de pousser à des financements de marché qui diffusent les risques auprès d'acteurs financiers n'ayant pratiquement pas de dispositifs prudentiels à respecter et  qui renvoient le risque (accru par la volatilité et le temps réel) sur les entreprises et les ménages qui ne sont pas armés pour les gérer.


vendredi, 6 juin 2014

Un kit de cinq mesures pour changer la donne en zone euro

Les Echos du 05/06/2014 

La Banque centrale européenne n’hésite pas à explorer des territoires inconnus et promet qu’elle n’a pas épuisé ses munitions.

Commentaire : 

Alors que fin 2011 et début 2012 la BCE avait refinancé 1000 Mds € à l'aveugle, cette fois elle cible le refinancement des crédits aux entreprises. On ne peut que s'en féliciter même si c'est très tardivement; les Anglais ont tiré les premiers dès août 2012 ...

Avant, en novembre 2011, dans un article intitulé "Du bon usage du refinancement de la BCE"  dans Le Cercle- Les Echos du 15/11/2011, je regrettais ce refinancement à l'aveugle mais souhaitais aussi qu'il cible tout particulièrement le financement de la transition énergétique. Cela reste à  faire. Peut-on l'espérer pour les opérations additionnelles programmées entre mars 2015 et juin 2016 ?

dimanche, 21 juillet 2013

L'Europe veut se passer du FMI. On croit rêver !

Le Cercle - Les Echos du 21-07-2013

L'Europe évoque une sortie du FMI de la troïka au chevet des pays en difficulté. Pourtant ce choix est un enjeu majeur. En cas de crise financière grave il faut pouvoir mobiliser toutes les forces financières possibles. Se priver du soutien du FMI alors que les autre grands pays le pourront est proche du suicide. Et tant pis si quelques fois ses critiques agacent !


Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, le néerlandais Jeroen Dijsselbloem, Président de l'Eurogroupe, ont évoqué il  a quelques jours le possible retrait du FMI des plans de sauvetage des pays en crise de la zone euro. Le 17 juillet, à son tour, la  Vice-présidente de la Commission Européenne, Viviane Reding, a déclaré  que  "la Troïka devait être abolie ».
Aujourd'hui la Commission, l'Allemagne et le Président de l'Eurogroupe parlent (ce dernier parle t-il en son nom propre ou au nom de tous et si oui après quels débats ?). La France  se tait. Personne ne dit rien. A notre connaissance pas un homme politique non allemand, pas un universitaire de renom pour s'insurger contre cette orientation, ou à tout le moins pour s'interroger !! Seul l'institut Bruegel s'est exprimé dans le sens d'un quasi effacement du FMI dans le traitement des crises européennes avec retrait de la Troïka en cas de désaccord.
Il est vrai que le FMI - en bon disciple des Chicago boys-  s'est fait tellement d'ennemis pour ses traitements à la hache pendant des décennies qu'il se trouve bien peu de personnes pour risquer de dire que son exclusion de plans de sauvetage de pays de la zone euro en difficulté  serait très regrettable. Et cela le sera encore plus quand le problème pourra toucher non plus un ou quelques pays mais la zone euro toute entière. Nous ne fûmes pas loin de cette situation pendant l'été 2012 quand  la signature de l'Allemagne  a commencé à être discutée; un répit n' ayant été donné acquis que par les propos de Mario Draghi en septembre disant qu'il ferait tout pour défendre l'euro et d'ajouter,  le 4 juillet dernier, que la BCE maintiendrait des taux d'intérêt bas pendant une période prolongée.
Pourtant envisager au plus haut niveau la possibilité d'exclure le FMI des plans de sauvetages à l'avenir mérite une sérieuse réflexion et devrait susciter de réels débats .
Cette volonté de sortir le FMI des plans actuels ne peut que signifier que l'Europe ne fera plus appel à lui. Bien. Très bien. Alors que cette même Europe n'arrive pas à mobiliser  à temps 50 à 60 Mds d'euros, elle se priverait ainsi volontairement des possibilités financières tout à exceptionnelles du FMI en cas de crise.
En effet, dès 1995 un fonds d'urgence de 50 Mds $ est créé pour faire face aux crises financières internationales. Ses ressources seront augmentées de 500 Mds $ pour être portées à 750 Mds s en 2009, après le G20 d'avril à Londres, dans le cadre d'une enveloppe totale de 1100 Mds $ destinés à restaurer la croissance, les échanges et l'emploi à l'échelle mondiale. Plus encore,  les 3 et 4 novembre 2011 les pays du G 20 se sont engagés à donner à l'avenir au FMI toutes les ressources nécessaires pour lui permettre de faire face aux crises financières les plus graves.
Le retrait du FMI envisagé le serait parce que l'Europe n'a pas du tout apprécié les critiques récentes  formulées par le FMI sur le premier plan d'aide à la Grèce de mai 2010 le considérant trop optimiste et trop sévère. Elle envisage de se passer de ses concours dès maintenant et d’abolir la troïka. Cela laisse entendre qu'elle ne fera plus appel au FMI car il faut se souvenir que le FMI n'intervient dans un pays ou une zone sans leur demande expresse.
D’autres griefs existeraient. L'institut  Bruegel mentionne les récriminations actuelles de pays d'Amérique latine et d'Asie disant que le Fonds  est moins sévère pour l'Europe qu'il ne l'a été pour eux dans les années 80 et 90 et que les sommes en cause sont très importantes (60 Mds pour la Grèce) et mettent le Fond en risques. Depuis quelques années le FMI a reconnu ses erreurs vis à vis d'eux et gageons que la plupart de ces pays  y feront appel en cas de choc majeur pour des  causes qui leur seraient propres ou par suite à un choc systémique mondial.  Choc qui ne manquera pas d'arriver  avec une finance négociable  mondialisée qui représente  2 à 3 fois le PIB mondial  et dispose d'instruments de levier ( les dérivés)   qui nécessite de mobiliser une puissance de feu presque inimaginable pour essayer d'en arrêter les effets de panique . Qu'on se rappelle les sommes mobilisées l'été 2007 et l'automne 2008 par les Etats, les banques centrales (mais pas le FMI à ce moment là).  Demain, les montants impliqués dans une crise mondiale seront plus importants encore mais cette fois avec des Etats exsangues financièrement et les banques centrales saturées de risques ne pourront plus intervenir de façon suffisante. Il faudra donc faire intervenir le FMI.
Tout le monde le ferait sauf la zone euro voire toute l'Union Européenne, on ne sait trop ?
Si l'Europe avait les moyens financiers pour se passer du FMI et encore plus si, ayant les moyens, elle était capable d'agir en temps réel et de façon totalement unanime, elle pourrait avoir cette envie de traiter par elle-même ses problèmes. On pourrait le comprendre. Mais on en est très loin tant sur le plan des actions budgétaires que des plans de sauvetage des banques en difficulté susceptibles d'être montés de façon crédible sans faire appel aux états. Si on l'est un jour, compte tenu des différents calendriers, des contraintes politiques, juridiques et institutionnelles cela ne sera pas acquis avant une décennie. Et dans ce cas, on serait, au mieux, dans la situation d'un état fédéral proche des Etats-Unis aux  différences essentielles près qu'elle n'en aurait  pas pour autant  le poids diplomatique ni la disposition d'une monnaie, l'euro, qui serait  une monnaie mondiale acceptée sans limite par les non résidents comme l'est le dollar.
Plutôt que de faire les fiers à bras, ne faudrait-il pas réfléchir et travailler avec le FMI, le Conseil de stabilité financière et finalement proposer des réformes dans les modalités d'intervention du FMI conjointement à celle des Etats et des banques centrales dans le cadre d'un prochain G20?
Je  ferai ici une proposition. Le projet de directive «  Redressement et résolution des défaillances des établissements de crédit »   ne sera pas  avant très longtemps, s’il l’est un jour,  en état de faire face à la défaillance des plus grandes banques européennes. Surtout quand  celle-ci  aura pour origine un choc majeur sur une ou plusieurs des trente des plus grandes banques mondiales (listées par le Comité de stabilité financière) pour des risques pris en Europe mais surtout  hors de l'Europe, sans parler des sinistres des plus gros des hedge funds.

Après avoir imposé des pertes aux actionnaires et aux créanciers des banques en souffrance prévu par la directive résolution , il  faudrait  instituer un partage du sinistre résiduel entre le pays d’origine (celui du siège social)  et l’international  pour couvrir la partie des besoins de fonds propres et de refinancements nés des risques pris sur les marchés de capitaux et dans les  pays extra-européns.  Ce partage devrait se faire selon une pondération multi-critères (parts des risques résidents/ non-résidents, poids des marchés dans les risques et le produit net bancaire, sources des résultats, composition de l’actionnariat…) à définir notamment par un Fonds International d’Intervention  (F2 I), de nature prudentielle à créer.

Ce fonds  serait fortement doté par une taxe internationale sur les transactions financières proportionnelle aux risques et à l’utilité desdites transactions comme préconisée par  la France, l’Allemagne et la Commission Européenne. Vu son assiette, elle toucherait toutes les banques mais beaucoup plus les banques systémiques que les autres
A leur démarrage, ces Fonds, européen et mondial, pourraient  être préfinancés par le FMI pour compléter leurs ressources pendant leur montée en puissance. Ils interviendraient pour leur part respective systématiquement en liaison étroite avec le FMI, la BRI, et le Comité de stabilité financière pour décider ou non d’une intervention ainsi que du traitement qui serait fait aux actionnaires et autres créanciers et au partage entre les deux fonds précités. Le  FMI serait  ainsi associé techniquement et financièrement à ces opérations de sauvetage, via les fonds, au lieu de prêter aux pays des sièges sociaux qui aident à leur tour au sauvetage des banques …mais en ayant de ce fait aggravé leur propre endettement.
Pour la zone euro c'est vital si on ne veut pas qu’un pays ne se retrouve un jour dans la situation de l’Islande, de l’Irlande ou de l’Espagne,  malgré la mise en place du dispositif de  résolution des défaillances en cours d'examen.  Que diraient, par exemple, demain les Anglais s’il leur  fallait sauver HSBC  du fait que son siège social est chez eux alors que son cœur de métier est de plus en plus en Asie ? Idem pour les Allemands avec la Deutsche Bank  qui, il y a quelques années, se sentant de moins en moins allemande par son activité sur les marchés, menaçait de déplacer son siège social dans un pays étranger si on la contraignait un peu trop. Et que pourrait faire l'Europe devant de tels mastodontes ... alors qu'il serait bien surprenant que plusieurs autres banques grandes européennes – mais aussi quelques banques plus régionales - soient totalement exemptes des risques qui auraient causé la défaillance d'un HSBC ou d’une Deutsche Bank  et ne doivent pas également faire appel au fonds européen et plus, c’est-à-dire  aux contribuables.  (cf. « Qui devra payer pour les banques systémiques ? » Le Cercle- Les Echos - le 22/09/2011)

Avant de remercier le FMI comme il est envisagé il serait peut-être bon que l’Europe  se pose quelques vraies questions. Et tant pis si quelques fois les critiques du FMI agacent ! Il faut savoir passer outre.

 

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jeudi, 30 mai 2013

Réactions au Livre vert de la Commission Européenne sur le financement à long terme de l’économie européenne

Communiqué de presse
Bruxelles, le 25 mars 2013

http://europa.eu/rapid/press-release_IP-13-274_fr.htm?locale=fr

La Commission européenne présente le livre vert sur le financement à long terme de l’économie européenne

"La Commission européenne a adopté aujourd'hui un livre vert qui lance une consultation publique d'une durée de trois mois sur la manière d'accroître l'offre de financement à long terme et d'améliorer et de diversifier le système d'intermédiation financière pour l'investissement à long terme en Europe (...)".


Mes réactions transmises à la Commission le 27 mai :

Depuis le début des années 80, le financement des économies par un recours accru aux opérations de marché a été privilégié dans tous les pays de l’OCDE. Pendant longtemps, aux dires de responsables et d’experts, ce choix aurait permis une croissance économique mondiale exceptionnelle. Depuis la crise est passée et on voit combien, certes avec un effet retard mais non moins violent, le prix économique et social pour ne pas dire sociétal qu’il en coûte et qu’il en coûtera pendant encore quelques années d’un tel choix.

De nombreux prosélytes, personnes physiques ou institutions et/ou politiques, après avoir œuvré  à ce basculement du crédit vers les marchés, en sont venus à dire que titrisation,  CDS,  activités pour compte propre…  n’auraient pas dû être autant encouragés. En conséquence, et en logique, avec cette analyse, sous l’impulsion du G.20, un nouveau cadre institutionnel (loi Dodd-Frank aux USA, nouvelles autorités de surveillance dans l’U.E) et prudentiel (Bâle 2 devenant Bâle 3) a été dessiné ou se dessine pour renforcer la robustesse des systèmes  bancaires et financiers. Toutes ces dispositions visent à mieux encadrer le poids des risques de marché et leurs éventuels effets systémiques sur les systèmes bancaires qui sont et resteront les relais incontournables du financement du tissu économique ordinaire, les gardiens de la valeur d’une part importante de l’épargne et les gestionnaires des systèmes de paiement scripturaux sans lesquels les économies modernes ne pourraient plus fonctionner.
Or la crise perdurant et les effets induits de ces nouveaux dispositifs réglementaires institutionnels qui commencent à se faire sentir font que des problèmes de financement des entreprises petites et moyennes et des investissements durables de long terme sont évidents dans l’ensemble de l’union. Les chiffres de la BCE en attestent. Ces mêmes personnes ou institutions qui après la crise s’étaient réorientées vers moins de marché et plus de régulation  reviennent aujourd’hui à leurs premières amours, à savoir chercher le graal par plus de marchés pour palier la faiblesse des financements bancaires. 

C’est dans ce nouvel environnement de pensée que s’inscrit notamment ce Livre vert de la Commission Européenne.
 Partir du constat que « depuis la crise financière, le secteur financier en Europe n'a plus la même capacité à acheminer l'épargne vers le financement à long terme et dire qu’il est donc essentiel de réfléchir aux moyens d'accroître la disponibilité des financements à long terme par les marchés » c’est vouloir bâtir, à partir de la situation présente, une nouvelle architecture durable de financement sur un a priori fort discutable selon moi.
Comme pour l’emploi, constater que l’octroi du crédit par les banques aux entreprises et plus généralement aux financements à long terme est en grande difficulté est aussi faux que de  dire comme l’ont dit des hommes politiques « qu’on a tout fait  pour l’emploi ». J’y reviendrai en fin de contribution.

Ces propos ne signifient pas que je suis contre le fait de faire une place aux financements de marché, mais je suis pour qu’on donne leur juste place. C'est-à-dire une architecture financière qui ne soit pas conçue seulement pour pallier la faiblesse de l’offre bancaire – qui deviendrait structurelle-  mais qui, avec une offre bancaire durablement revitalisée, apporterait  un supplément de financement et/ou une meilleure allocation des risques en fonction des besoins réels des agents économiques non financiers. On ne saurait approuver sans autre forme de procès un projet qui ne chercherait pas  une optimisation des deux canaux de financement que sont le crédit et les marchés de titres négociables et qui en fait, comme dans le projet de la Commission, part du postulat que le crédit va durablement perdre de son importance.  
Ce n’est pas le paragraphe commençant par « Bien entendu, les banques ne disparaîtront pas de la chaîne d'intermédiation en Europe. (…).  Mais dans le contexte des évolutions qui ont affecté le secteur bancaire depuis la crise, on assiste à l'émergence de nouveaux besoins et de nouvelles possibilités, pour d’autres intermédiaires, de compléter le rôle des banques en mettant à disposition d'une manière plus équilibrée des financements d’investissements à long terme » qui sera de nature faire changer d’avis. D’une part, l’orientation pour plus de marché est déjà le discours ambiant et les stratégies bancaires déployées vont dans ce sens. D’autre part, rien de ce qui est préconisé  dans le Livre vert n’apporte un début de dispositions ou à tout le moins de propositions pour aider ou  inciter les banques à renforcer l’octroi de financements longs.

Soyons clairs, le tout crédit est aussi inefficient et aussi dangereux que le tout marché. Ce qui compte est de rechercher un équilibre subtil, forcément évolutif, entre le crédit et les marchés avec le capital–risque comme passerelle pour dynamiser ces deux segments de financement. Et sauf démonstration contraire, que je ne connais pas, il n’apparaît pas que sur longue période les résultats économiques et sociaux des pays à financement prépondérant par le crédit soient inférieurs aux pays dans lesquels ce sont les financements de marchés qui sont prépondérants. Et, sur des horizons beaucoup plus courts - 5 à 7 ans au maximum- si la prépondérance des marchés semble plus efficiente que celle de l’intermédiation bancaire, cette dernière n’ajoute pas la volatilité et l’instantanéité des marchés aux risques intrinsèques à tout financement. Et c’est une donnée essentielle qu’il faut intégrer avant de préconiser le fort développement de techniques et d’instruments de marché.

Le canal du crédit n’est pas sans défaut mais celui de la marchéïsation non plus. A égalité pour l’analyse du risque microéconomique, la maitrise du risque macro-économique est moindre quand les marchés assurent l’essentiel des financements et des risques. L’atomisation des risques, leur couverture et le succès apparemment durable anesthésient longtemps les acteurs et les observateurs …jusqu’à leur réveil. Et là, c’est une déferlante face à laquelle on ne sait pas faire face.
Un exemple alors même que cela ne touchait qu’un seul pays. En août 1982 le Mexique endetté de 100 milliards de dollars sous forme de crédits ne pouvait plus payer ses intérêts ni faire face à l’amortissement de sa dette. Après plusieurs mois de négociation avec les banques et le FMI un plan de redressement a été établi. En 1994, ce pays à nouveau en grande difficulté, la BRI a dû mettre 50 milliards sur la table en 24 h pour éviter  l'effondrement complet les obligations mexicaines ! Même gravité des problèmes mais délais extraordinairement différents; de plusieurs mois à de la quasi instantanéité. Aussi je réitère mon assertion : l’intermédiation bancaire, même si elle commet des erreurs, n’ajoute pas la volatilité et l’instantanéité des marchés aux risques intrinsèques à tout financement. Ce point est essentiel pour limiter les risques systémiques. Or le Livre vert ne peut pas ne pas prendre en considération cette dimension systémique surtout quand il préconise des orientations de long terme difficilement réversibles par ailleurs.

Dans ce qui vient d’être dit il est important de préciser que c’est tout particulièrement vrai des titres de dettes négociables et de tous leurs dérivés. La problématique est différente pour le marché des actions. Les marchés d’actions sont certes également très volatils mais à eux seuls ils n’ont pas de dimension systémique. Et contrairement aux marchés de dettes qui ont cette dimension systémiques alors qu’ils peuvent être très largement remplacées par du crédit non soumis au mark to market, les marchés d’actions ont un rôle indispensable moins de financement (sur un plan macro-économique s’entend et non micro-économiquement) que de lieu de modification du pouvoir actionnarial des entreprises cotées notamment à l’occasion d’OPA. 

De ces données assez factuelles, il me parait regrettable de constater que le Livre vert mette autant en avant cette préférence pour les marchés au détriment du rôle classique des banques et plus spécialement du crédit.
L’orientation générale retenue dans le Livre vert entérine la dérive des banques depuis le début de ce millénaire vers une activité de plus en plus de simples prestataires de services en en faisant des opérateurs «  originate to distribute », rémunérés par des commissions  au détriment de leur  rôle fondamental de mutualisation des risques en les conservant dans leurs bilans (originate to hold ). Dérive dont on a pourtant déjà vu les effets depuis 2007 et qu’une bonne partie des nouveaux dispositifs prudentiels, se voulant pourtant correcteurs, renforce indirectement, peut-être même sans l’avoir voulu.

Si les propositions du Livre vert qui sont présentées le sont pour acclimater ou développer  raisonnablement certains produits ou techniques de marché, elles sont bienvenues. Par contre,  ce que je conteste c’est l’optique générale dans laquelle elles sont faites, à savoir  une poursuite accélérée de la désintermédiation en Europe, à l’instar du système américain qui n’est pas forcément le meilleur modèle à imiter servilement. En effet, ce qui est bon pour un ou quelques pays n’est pas forcément bon pour des pays d’économie sociale de marché comme le sont les pays européens. Pays qui n’ont pas, pour la plupart, l’esprit du farwest ni de la faillite civile avec la possibilité de se refaire comme culture de leurs peuples et comme mode de régulation !  De plus ce modèle aux cycles économiques très contrastés (très forts stop and go) qui restait gérable quand il était limité aux pays anglo-saxons le sera beaucoup  moins quand il aura été généralisé, non seulement à l’Europe, non seulement aux pays de l’OCDE, mais aussi  très prochainement à toute la planète.
Venons-en à une présentation plus précise des griefs que je formule à l’encontre d’un renforcement excessif du rôle des marchés. Celle-ci sera volontairement brève, les lecteurs de ce papier étant suffisamment avertis de la chose financière pour qu’il ne soit pas nécessaire de faire de grandes et longues démonstrations.

J’indiquais plus haut que L’intermédiation bancaire, même si elle commet des erreurs, n’ajoute pas la volatilité et l’instantanéité des marchés aux risques intrinsèques à tout financement. Ce point est essentiel pour limiter les risques systémiques.
En effet, quand on aura marchéïsé très fortement les financements on aura :
-plus de volatilité et d’ampleur encore dans les chocs économiques et financiers – le modèle américain a ses limites en cas de généralisation (cf. supra) ;
- une très forte démutualisation des signatures des emprunteurs. L’essentiel des PME et TPE qui n’ont pas et n’auront pas accès au marché malgré les propositions avancées (celles-ci  ne bénéficieront au mieux qu’aux entreprises de taille intermédiaire),  dépendront plus encore qu’aujourd’hui  de banques asséchées des bonnes signatures. Les nouveaux canaux de financement souhaités resteront nécessairement très modestes pour ne pas dire anecdotiques pour les TPE.  Pour les entreprises de taille intermédiaire elles risquent de détériorer leur relation avec leur(s) banque(s) en allant chercher épisodiquement des ressources sur les marchés alors qu’elles ont besoin et auront toujours  besoin de celle(s)-ci pour passer les moments difficiles ; 
- une déformation des circuits de l’épargne au profit de produits de marché. Les épargnants supporteront directement les risques de défaillance et les risque de taux alors que l’épargne intermédiée bénéficie de la protection du nominal. Les effets de richesse risquent d’être  redoutables y compris dans des pays qui ne connaissaient pas ce type de fragilité;
- des banques centrales obligées d’intervenir sur les marchés dans des proportions encore beaucoup plus grande qu’aujourd’hui par des achats fermes avec des risques de monétisation considérables.


Aussi proposerai- je quatre grands principes sur lesquels le nouvel environnement financier   devrait s’appuyer par une régulation appropriée pour trouver un bon équilibre entre intermédiation et marchés:
 
-1-  Ne pas de facto favoriser une réglementation prudentielle la sortie des risques des bilans bancaires alors que la dissémination des risques après du shadow banking qui reste, quoi qu’on ait décidé les concernant depuis 3 ans, non réglementé prudentiellement ;
- 2- Limiter la titrisation à la partie des crédits dont la durée restant à courir est compatible avec des horizons de marchés profonds et liquides pour limiter l’aléa moral d’un développement excessif du « originate to distribute » ;
- 3- Favoriser une offre de produits d’épargne bancaires performants plutôt qu’orienter l’épargne vers des produits de dettes négociables surtout lorsqu’ils comportent des risques en capital « non capés » pouvant être dévastateurs en termes d’effets de richesse ;
- 4- Permettre un refinancement privilégié ( en accès et en taux) auprès de la BCE et/ou des banques centrales parties prenantes du SEBC des crédits correspondant au financement de la transition énergétique et environnementale ainsi que de grands projets d’intérêt commun décidés par l’union Européenne.
On s’arrêtera un instant pour développer cette proposition. La BCE pourrait dès maintenant annoncer le lancer prochain d’un nouveau plan de refinancement à moyen terme des banques- pour 5 à 7 ans au moins- pour compenser la fin prochaine des deux plans de ce type lancés fin 2010. Mais il faut cette fois qu'elle y instille une certaine sélectivité en ciblant ces refinancements au profit de crédits nouveaux finançant la transition énergétique et écologique ainsi que de grands projets d'infrastructure d'intérêt national et/ou européen réalisés en conformité avec un grand plan européen décidé en la matière. Cela aiderait à la croissance et contrebalancerait en partie l'effet très fortement négatif des exigences de liquidité et de renforcement de fonds propres imposés par Bâle 3. Avec l'Union bancaire européenne, la BCE est maintenant en charge du contrôle des banques systémiques de l'UE. Analyser leur prise de risques et la façon dont elles contribuent on non au bon financement des économies européennes et donc à la robustesse de leur environnement doit être maintenant dans son cahier des charges. Et ce au même titre que la surveillance de l'inflation, sauf à laisser prospérer des risques financiers, économiques et sociaux non maitrisables pourtant de son ressort.
                                                                             *
                  Au total, les orientations du Livre vert ne sont pas sans comporter de sérieuses ambiguïtés sur la qualité de l’architecture financière qu’elles se proposent d’établir pour le financement des investissements à long terme. Elles vont contribuer à accroître  la démutualisation des risques et le champ de la volatilité inhérente aux marchés. Cela fragilisera encore un peu plus le cœur du métier des banques, à savoir le crédit conservé dans leurs bilans sans avoir aucune certitude que les nouveaux instruments ou canaux de financements irrigueront de façon plus
que symbolique les TPE, les entrepreneurs individuels et les professions libérales. 

 


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